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Renée VIVIEN



Prénom: Renée
Nom: VIVIEN

Né(e) en : 1877
Mort(e) en :1909

Biographie

Pauline et ses parents

Pauline était anglaise, née à Londres le 11 juin 1877, d'un père anglais et d'une mère américaine, qui s'était rencontrés à Honolulu. On verra que Pauline voyagera beaucoup... Elle n'aimera guère Londres, en tout cas lui préférera toujours Paris où ses parents s'installèrent un an après sa naissance, en 1878, dans un immeuble neuf de ce qui est actuellement l'avenue Foch. Et c'est en français qu'elle écrira presque toujours

Le couple a une seconde fille en 1881. Pauline est inscrite dans une école privée. Alors qu'elle n'a que neuf ans, donc en 1886, son père meurt brusquement et c'est d'autant plus un grand malheur pour elle qu'elle supportera mal l'attitude pour le moins étonnante de sa mère vis-à-vis d'elle et de sa sœur, elle évoquera plus tard ce qu'elle appelait les « années malheureuses » qui suivirent la mort de son père...

Après la mort de mon père, écrit-elle à un ami, Amédée Moullé, j'ai été très malheureuse. Les années qui suivent sont arides comme le désert - les petits chagrins, les petites humiliations, les petites tyrannies...

Certes, on a retrouvé une lettre écrite à sa mère, plutôt chaleureuse et pleine d'affection, comme le montrent les courts extraits suivants :

Ma chère jolie Maman,
J'espère que tu te plais à Cannes, avec l'air frais de la mer, les belles fleurs qui sentent si bon et les fruits délicieux. [...] Avant-hier nous avons eu une matinée, j'aurais bien voulu que tu fusses là. Je te remercie tendrement pour ta merveilleuse lettre, qui m'a bien réconfortée.

Il s'agissait d'une matinée de théâtre amateur. Après la description de celle-ci, Pauline conclut ainsi :

Je voudrais pouvoir t'embrasser une bonne fois, comme je t'envoie mon amour et mes baisers dans cette lettre écrite.
Ta fille affectionnée,
Pauline Mary Tarn.

Oui, c'est affectueux, mais cette lettre date d'octobre 1886, le mois même de la disparition de son père... Apparemment Pauline dut déchanter par la suite.

En fait, il est probable qu'elle fut décontenancée par la liaison tapageuse entamée par sa mère avant la mort de John Tarn avec un Anglais marié. Et ce qui est sûr, c'est que Mme Tarn n'eut pas une attitude très digne par rapport à ses enfants : des tuteurs avaient été commis au soin de veiller au bon emploi des sommes laissées par le père et destinées à leur entretien, or il est établi qu'elle détourna à son profit une partie de cet argent. Et l'entretien en question laissa peu à peu fortement à désirer.

Pauline poursuit ses études dans un pensionnat. En 1890, à son grand dam, la famille se réinstalle à Londres où de nouveau un pensionnat l'accueille. Pauline a treize ans, c'est aussi l'époque des premiers voyages, en Suisse et en Norvège avec sa mère, juste avant la réinstallation à Londres, en Italie l'année suivante avec une certaine tante Marie, probablement une amie de la famille. Les relations entre la mère et la fille s'améliorèrent nettement à partir de 1892, à la suite d'une intervention d'un des tuteurs alertés par Pauline. Il y eut encore des moments de crise. En 1895, à 18 ans, à Londres, Pauline est enfermée dans sa chambre, s'échappe et fait une fugue de six jours. Elle apprend que sa mère veut la faire enfermer de nouveau, cette fois, dans une maison de santé, pour pouvoir capter l'héritage. Par décision de justice, Pauline Tarn est déclarée « Pupille de la Cour de Chancellerie » et reçoit la moitié de l'héritage. L'autre moitié va tout de même à Mme Tarn... Les relations redevinrent plus normales par la suite. Pauline fera plusieurs séjours chez sa mère à Londres puis aux Etats-Unis.

Sa courte vie d'adulte peut se résumer en quelques mots : avec les hommes, quelques amitiés fortes, ambiguës parfois ; avec les femmes, amours tumultueuses ou passagères ; pour sa famille, fréquents allers et retours à Londres ; pour elle-même, très nombreux voyages en Europe, Italie et surtout Grèce, à Mytilène (alias Lesbos), bien sûr, et jusqu'au Japon. En même temps, un intense travail littéraire entre 1901 et 1909, création, corrections, publication, remise en chantier d'œuvres publiées... Et puis des tentations de suicides, et, avec du chloral, quelques tentatives ratées, des moments de mondanités littéraires et arrosées de cocktails inédits chez elle à Paris, et puis, l'alcool en solitaire, de plus en plus dans les deux dernières années, et enfin l'abjuration du protestantisme et la conversion au catholicisme huit jours avant sa mort, à 32 ans, le 18 novembre 1909.

Dans les parties suivantes, en relation avec son œuvre, nous évoquerons ses voyages, ses fortes amitiés et les femmes aimées, ses inspiratrices.

Les voyages

L'œuvre de Renée Vivien ne contient guère de descriptions des nombreux pays visités. Quand parfois dans ces vers on reconnaît un lieu, une ville, un pays, il s'agit de suggérer une atmosphère, de planter un décor en rapport avec les impressions ou les sentiments exprimés. Par exemple, pour l'Italie :

Très chère, tu prendras entre tes mains la palme
Que j'ai rompue, en le mystère matinal.
Car j'ai choisi pour t'encadrer, ô la plus belle,
La volupté de ce décor italien,
De ce ciel dont le rire est moins doux que le tien,
De cette mer qui voit la lune émerger d'elle...
Vois, le prestigieux décor italien
Est le seul digne de t'encadrer, ô la plus belle !

Ou bien, pour le Maroc,

Dans le jardin, roi morne et conquérant lassé,
Se recueille et s'attarde et veille le passé.
[...]
Par cette nuit d'amour, mon désir est moins près
Des jets d'eau radieux et purs que des cyprès.
Pourtant j'aime l'élan des rossignols, et j'aime
Ces fontaines qui sont plus belles qu'un poème.
Viens dans ces murs, où ton caprice me céda,
Ma maîtresse de tous les temps, Zoraïda !
Nuit Mauresque

Lesbos fait peut-être exception. Elle l'évoque plus précisément, avec le souvenir de Sapho, qu'elle appelle « Psappha ». Voici les trois premières strophes du poème En débarquant à Mytilène :

Du fond de mon passé, je retourne vers toi,
Mytilène, à travers les siècles disparates,
T'apportant ma ferveur, ma jeunesse et ma foi,
Et mon amour, ainsi qu'un présent d'aromates...
Mytilène, à travers les siècles disparates,
Du fond de mon passé, je retourne vers toi.

Je retrouve tes flots, tes oliviers, tes vignes,
Et ton azur où je me fonds et me dissous,
Tes barques, et tes monts avec leurs nobles lignes,
Tes cigales aux cris exaspérés et fous...
Sous ton azur, où je me fonds et me dissous,
Je retrouve tes flots, tes oliviers, tes vignes.

Reçois dans tes vergers un couple féminin,
Ile mélodieuse et propice aux caresses...
Parmi l'asiatique odeur du lourd jasmin,
Tu n'as point oublié Psappha ni ses maîtresses...
Ile mélodieuse et propice aux caresses,
Reçois dans tes vergers un couple féminin...

Encore voit-on que le tableau, hormis l'évocation de Sapho, pourrait s'appliquer à beaucoup d'autres îles grecques et que le décor est planté pour y placer les deux amantes.

Amitiés fortes

Violette Shillito

La première grande amitié qu'éprouva Pauline, elle la qualifia elle-même de « communion sororale ». Dans son roman autobiographique Une femme m'apparut, elle écrivit plus tard :

Vers l'âge de treize ans, je me pris d'une passion très pure pour une compagne dont j'aimais les beaux sourcils mélancoliques... L'ignorance éloignait l'une de l'autre nos deux bouches trop ingénues.

Il s'agit d'une Américaine, Violette Shillito, qui, avec sa sœur Mary, habitait à Paris chez ses parents dans une maison voisine de celle des Tarn et qui retrouva Pauline au pensionnat, à Fontainebleau. Violette et Mary n'éprouvaient que répulsion pour les hommes, qu'elles trouvaient laids et s'amusaient parfois dans les rues à classer en cochon, petit cochon et gros cochon ! Il n'est pas étonnant dès lors de lire les vers suivants dans un poème qu'écrira Renée Vivien :

Je suis femme, je n'ai point droit à la beauté.
On m'avait condamnée aux laideurs masculines.
Les sœurs Shillito méprisaient tous ces messieurs de leur entourage, ces acteurs de la mascarade hypocrite des bourgeois bien comme il faut qui entretiennent des maîtresses à grands frais !

Violette Shillito ne cultivait pas seulement la haine des hommes, elle était extrêmement précoce, ayant appris seule le grec ancien pour pouvoir lire Platon, entre autres. À seize ans, cette Américaine qui parlait le français apprit aussi toute seule l'italien, comment faire autrement pour lire Dante dans le texte ? Enfant prodige également pour la musique... une mort prématurée, à 24 ans, en 1901, réduisirent à néant toutes ces qualités.

Qualités qui, à un moindre degré, furent également celles de Pauline. Elle aussi apprendra très vite l'italien , à l'occasion de son premier voyage dans ce pays avec la tante Marie évoquée tout à l'heure, et sa vocation littéraire, sa connaissance de la musique furent précoces. Sur le plan des idées, Violette, si elle avait vécu un peu plus longtemps, se serait reconnue en entendant Vivien proclamer que les trois fléaux de l'humanité sont l'homme, le mariage et la maternité !

En fait, quelques hommes ont joué un rôle important dans la vie de Pauline-Renée.

Amédée Moullé

À 17 ans, Pauline rencontre le cousin d'une des ses amies, un quinquagénaire élégant et cultivé, français et poète de surcroît. Il n'en fallait pas plus pour que la jeune fille tombe sous le charme :

J'étais comme un passant qui dans la nuit écoute
Un chant du rossignol, harmonieux et touchant...
Enfin, quand votre cœur au mien s'est révélé ;
Quand j'ai vu sa grandeur, son intime noblesse ;
Ami, le moindre doute s'en est allé,
Je pouvais me fier sans crainte à sa tendresse...

Très vite elle lui écrivit secrètement une lettre, qu'on n'a jamais retrouvée, à laquelle cet homme marié ne répondit que deux mois plus tard. S'ensuivit une correspondance nourrie (22 lettres de Pauline ont été conservées par Amédée), dont le sujet principal était la littérature et la tonalité, celle d'une amitié amoureuse, qu'elle exprimait en vers souvent romantiques et parfois passionnés.

Tout mon être, je te le donne !
Tu me l'as dit, voici longtemps :
Puisque j'ai l'âge du printemps,
C'est toi le triste et tendre automne !

À force d'écrire ainsi, d'être lue, de recevoir des réponses, elle tomba vraiment amoureuse. Moullé, quant à lui, se contentait de corriger ses vers, d'en réécrire parfois. À Pauline qui évoque
Le jour du mariage et de l'union de nos cœurs
il propose plutôt :
Le jour tant attendu de l'union de nos cœurs.
Toute cette correspondance resta longtemps secrète. C'est lorsque Mme Tarn la découvrit que les relations entre la mère et la fille (alors en Angleterre) prirent un tour violent : enfermement, fugue. Pauline proposa à Moullé de le rejoindre en France. Le bel Amédée refusa... et reçut plusieurs mois plus tard, le 18 juillet 1896, une lettre de rupture :

Quittons-nous en amis. [... ] Puisque je n'ai jamais été votre maîtresse, nous pouvons nous quitter en amis qui n'ont rien à se reprocher. [...] Et puis prenez tout mon cœur, car votre récompense, c'est que je vous aime et que je vous aimerai toujours. À cent ans d'ici, je vous aimerai toujours. Mon cher bien aimé, adieu de tout mon cœur. [...]

Jean Charles-Brun

Vous tous qui sûrement un jour ou l'autre vous êtes promenés dans le très beau parc de Sceaux, êtes-vous allés dans la ville jusqu'à l'église Saint-Jean-Baptiste ? Tout à côté se déploie modestement le Jardin des Félibres où sont alignés plusieurs bustes de poètes provençaux. Parmi ceux-ci : Jean Charles-Brun, poète de tendance classique et grand connaisseur de la poésie des troubadours.

En 1900, à partir de leçons de prosodie française qu'elle a sollicitées de ce littérateur alors prestigieux, commence entre eux une énorme correspondance (on a retrouvé plus de 500 lettres de Vivien), qui ne s'achèvera qu'avec la mort de notre poétesse. À partir de 1903, Vivien, dans son rêve permanent d'androgynie, va jusqu'à l'appeler « Suzanne ». Charles-Brun lui-même avouera :

J'ai si violemment façonné son cerveau
Je l'ai si fortement marqué à mon empreinte
Que j'envisage enfin, sans haine et sans crainte
L'image, que je hais pourtant, d'une autre étreinte
Qui voudrait à son corps mettre un frisson nouveau.

Brouillon manuscrit du Sang des vignes, recueil de Charles-Brun.

De fait, Charles-Brun resta durant toutes ces années un ami fidèle et un conseiller attentif et écouté, vraiment « le » conseiller littéraire de Renée Vivien.

Femmes aimées

Voici juste quelques indications pour situer les plus grandes inspiratrices de Renée Vivien, dont les vers épousent si étonnamment les méandres compliqués de sa vie sentimentale.

Natalie Clifford Barney (1876-1972)

C'est Violette Shillito qui la présenta à Pauline lors d'une matinée au Théâtre-Français vers la fin de 1899, alors qu'elle venait de défrayer la chronique par sa liaison avec Liane de Pougy. Dans Claudine à Paris, Colette la décrira ainsi (sous le nom de Miss Temple-Bradford) :
Cette Américaine plus souple qu'une écharpe, dont l'étincelant visage brille de cheveux d'or, de prunelles bleu de mer, de dents implacables.
Elle s'intéressait à la littérature française et le poème Lassitude, que Vivien publiera plus tard dans le recueil Cendres et poussières, avait attiré son attention.
Je dormirai ce soir d'un large et doux sommeil. Fermez les lourds rideaux, tenez les portes closes, Surtout ne laissez pas pénétrer le soleil. Mettez autour de moi le soir trempé de roses.

Quant à Pauline, elle fut vite fascinée.

Ta chevelure d'un blond rose
A l'opulence du couchant,
Ton silence semble une pause
Adorable au milieu d'un chant.

Et tu passes, ô Bien-Aimée,
Dans le frémissement de l'air...
Mon âme est toute parfumée
Des roses blanches de ta chair.

Lorsque tu lèves tes paupières,
Tes yeux pâles, d'un bleu subtil,
Reflètent les larges lumières
Et les fleurs t'appellent : Avril !
Études et préludes, Chanson.

Les amours de Renée et de Natalie se caractérisèrent par une série de ruptures et de raccommodements... Mais le pire pour Vivien, c'était lorsque Nathalie s'intéressait à un homme : L'amour de l'homme, c'est l'affront suprême,écrivit-elle dans une lettre de « règlements de comptes ». C'est Vivien qui rompait en général. Seule sa mort constitua la rupture définitive. Natalie Clifford Barney tint à partir de 1910 pendant soixante ans un salon littéraire où se pressaient Valéry, Max Jacob, Pierre Louÿs, Rémy de Gourmont (qui fut amoureux d'elle), André Gide... et bien sûr des femmes. Elle mourut centenaire, ayant bien appliqué la devise de sa mère : « Vivre et laisser vivre ».

La Baronne Hélène de Zuylen de Nyevelt (1863-1947)

Née d'un mariage consanguin dans la famille Rotschild, elle disposait d'une très grande fortune. Elle avait épousé un baron belge chrétien, ce qui la brouilla avec sa mère, israélite intégriste, dirait-on aujourd'hui, et elle se convertit au catholicisme après son mariage. Sobriquet : « la Brioche ». D'elle, Willy aurait dit : « sa taille évoque plutôt la gourde que l'amphore » mais il paraît que, dans une société où les femmes d'un certain embonpoint n'étaient pas du tout une exception, elle avait en fait une certaine prestance. Pour Vivien, c'était cet archange de Mme de Zuylen avant de devenirun tyran jaloux et sadique qui m'emprisonne.

De 14 ans plus âgée que Vivien, elle fut sans doute pour elle une seconde mère car elle lui apportait la sécurité et une ambiance propice au travail.

J'avais besoin de toi comme d'une eau courante
Que l'on écoute et qui berce votre chagrin
Dans un ruissellement musical et serein...
J'entendis ta voix claire ainsi qu'une eau qui chante.
- La soif impérieuse
Se piquant elle-même d'écrire, Hélène lui offrait aussi une occasion rêvée de collaboration littéraire : plusieurs de ses ouvrages ont été en partie écrits par Vivien.
L'idylle connut des soubresauts, ni l'une ni l'autre n'étaient des parangons de fidélité... Mais Hélène de Zuylen n'oublia jamais de s'occuper de Renée Vivien quand la santé de celle-ci déclina de plus en plus.

Kérimé Turkhan-Pacha (1876-1948)

Elle demeure en son palais, près du Bosphore,
Où la lune s'étend comme un lit nacré...
Sa bouche est interdite et son corps est sacré
Et nul être, sauf moi, n'osa l'étreindre encore.

Appartenant à la haute société d'Istanbul, Kérimé fut éduquée à la française et faisait partie de ces femmes turques cultivées qui commençaient à changer de mentalité et que Pierre Loti a admirablement décrites dans son roman Les Désenchantées paru en 1906. C'est elle qui écrivit la première à Vivien : elle avait acheté dans une librairie bien pourvue en livres français une de ses œuvres. Ce fut le point de départ d'une nouveau flot de lettres échangées, il y en a plus de cent de la main de Vivien, sans compter les cartes postales. Elles se rencontrèrent plusieurs fois à partir de 1905 ; à chacun de ses séjours à Lesbos, Vivien allait passer quelques jours à Istanbul. Kérimé, c'était le mirage de l'Orient... Vivien vécut cet amour encore plus en imagination que dans la réalité, laquelle n'était pourtant pas mièvre, à en juger par certaines lettres :

Le souvenir de ta chair m'épuise et m'enchante... Je ne puis oublier la saveur de tes lèvres...
ou
Ma Maîtresse incomparable, je t'appartiens pour l'éternité. Souviens-toi de ton amant [sic].

Les autres

Il y eut beaucoup d'autres femmes aimées au moins un instant... Mais laissons dans l'ombre les Eva Palmer, Olive Constance, alias Opale, Émilienne d'Alençon, Madeleine Rouveirollis et autres Jeanne de Bellune, cette « ivrognesse au visage rouge et sans beauté », disait Natalie. Elles sont peut-être, elles aussi, derrière certains des vers que vous allez entendre - et vous ne le saurez pas et vous avez bien raison de ne pas demander à le savoir.

Attirance, correspondance, poésie, échec

Le biographe Jean-Paul Goujon a remarquablement bien résumé le comportement de Renée Vivien, qui se lit dans ses vers et entre ses vers. Je vais suivre là de très près ses conclusions.
Presque toujours, elle s'est sentie attirée par des personnes qui incarnaient la poésie ou un univers poétique. La relation avec la personne choisie s'est nouée à travers une correspondance où se mêlaient littérature et confidences personnelles. L'être aimé a provoqué une importante production poétique, dont vous n'avez eu ce soir qu'une petite partie. Un obstacle infranchissable est venu à la fin pour conduire cette relation à l'échec.
Mais l'absolu, pour elle, c'était la littérature. Dans ses huit années de production littéraire, elle a écrit une bonne douzaine de livres de poèmes, un de nouvelles, un roman, une biographie (d'Anne Boleyn) et quelques autres ouvrages de divers genres. Et inlassablement, elle a retravaillé ses poèmes pour des rééditions. La critique l'a parfois encouragée. Considérait-elle à la fin de sa vie que son œuvre constituait une réussite ? Réponse dans le poème Vaincue.


« Nul ne les lira jamais », tes vers, ô Vivien, tu exagères... De ton vivant, ils ne sont pas passés inaperçus. Et, difficilement, certes, ils sont parvenus jusqu'à nous mais ils ont résonné ce soir dans cette Cave chaleureuse... Beaucoup parmi nous pensent sans doute qu'ils ont atteint à l'excellence sinon à la « calme excellence » que tu évoques dans ton poème. Mais il est vrai qu'il faudra peut-être attendre le centenaire de ta mort, en 2009, pour voir paraître une réédition de ton Œuvre poétique complète !
Quelques musiques sont venues aussi ce soir se mettre au service de la poésie de Renée Vivien. Terminons avec « l'heure équivoque et tendre du crépuscule », Twilight chanté par Laurence Fosse.

Pierre Blavin
10 Mars 2003

L’auteur a tiré les anecdotes et la plupart des informations de l’ouvrage de monsieur Jean-Paul Goujon, professeur de littérature française à Séville en 1986, « Tes blessures sont plus douces que leurs caresses, vie de Renée Vivien », paru cette année-là chez Régine Desforges


"Ce texte a d'abord été publié sur le site de la Cave à Poèmes" : http://www.cave-a-poemes.org


Pierre Blavin


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