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Index du forum / Textes longs / La petite usine - Visite guidée

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Licorne Posté à 17h35 le 12 Jan 18
Membre

Messages : 608
La petite usine occupait un hangar laissé libre par une de ses entreprises de construction métallique qui fermaient les unes après les autres en même temps que les mines de charbon, signes annonciateurs de la mort de la sidérurgie du bassin Liège-Charleroi, parallèlement au bassin lorrain et celui d’Athus-Rodange.

Ce hangar mesurait environ 50 m sur 50 tout de structures en acier, open space dirait-on aujourd’hui. Il y avait deux grands portails : celui de droite pour l’entrée des camions de marchandises à traiter, celui de gauche pour la sortie des produits finis. Dans cette dernière, il y avait une petite porte pour les êtres humains, nous. Les patrons avaient un accès privé au milieu pour monter aux bureaux et au labo. Au rez-de-chaussée se trouvait la conciergerie habitée par le vieux concierge et sa femme. A sa gauche, le magasin, en fait le bureau des magasiniers, une cahute en bois.

L’activité principale, l’anodisation des grands profilés, y compris l’emballage et une petite aire de stockage, occupait toute la moitié droite.

Sur le côté droit, dans une annexe, le réfectoire et les vestiaires.
Nous avions droit à une armoire métallique personnelle fermée par un cadenas. Le matin nous endossions nos vêtements de travail. Nos propres vêtements, des vieux qu’on gardait à cet effet. Quant au réfectoire, je n’ai jamais vu personne y consommer ses tartines. Nous prenions nos tartines et notre thermos de café au lait sucré avec nous sur le lieu de travail. On avait un quart d’heure. Le chef d’équipe donnait le signal, après avoir mis en attente les profilés au-dessus des bains.

Juste après, dans une autre annexe, le polissage avec ses deux polisseurs genre acteurs blancs déguisés en noirs.

Au fond, sur une sorte de mezzanine, l’atelier d’entretiens et réparations où régnait « la Terreur ». Le chef c’était un type grand et maigre un éternel cigare au bec, un regard terrible et des gestes brusques. Même le directeur l’évitait.
Riant sous cape, c’est bien sûr les nouveaux qu’on envoyait lorsqu’il y avait une pièce à réparer. Au début, le nouveau c’était moi et me v’là montant les quelques marches, accueilli par « la Terreur ». En silence, il m’a décoché un de ses regards terrifiants comme si c’était moi qui avais saboté la pièce, ensuite un long silence, moi toujours la pièce en main, puis lui et son cigare ont mâchouillé qu’elle n’était pas réparable, silence, enfin, tournant le dos : laisse ça là, Salvatore regardera . Ouf ! Sauvé.
Salvatore, c’était le costaud chef d’équipe au nettoyage des cuves. Il ne craignait que Dieu et … son maître au cigare et au regard terrible.

En continuant dans le fond à gauche, il y avait le « harem du Diable », en fait l’atelier de coloriage où l’on donnait des teintes spéciales suivant les caprices de parvenus voulant se distinguer par leur châssis : bronze, vert, rouge, bleu ou mauve aux profilés prédécoupés aux dimensions des portes et fenêtres.
Le chef d’équipe était un type qui boitait et qui avait un regard faux et un comportement sournois. Le Diable. Quant au « harem », en fait, trois femmes travaillaient avec lui mais pas question qu’il les touche ou simplement un mot déplacé. Les ouvrières c’est pas comme les stars d'Hollywood, elle savent se défendre. J’ai un peu flirté avec la plus jeune, Sandrine.

A peu près au milieu à gauche, il y avait l’anodisation des petites pièces. L’équivalent miniature des grands « bains » d’à côté. Des cuves de1m20 sur 60 cm, profondeur 1m30 Une petite cuve pour le décapage, une d’eau qui servait à l’aller et au retour, un bain acide parcouru d’un faible courant électrique . Les pièces étaient fixées sur des supports ad hoc gentiment fabriqués par l’équipe d’entretien. Plusieurs supports faisaient la noria : 3 étaient « en train » pendant qu’on préparait le quatrième. On officiait sur un plancher en bois perpétuellement mouillé et glissant. On avait droit aux bottes, gants et tablier en caoutchouc Ce travail se faisait exclusivement de nuit, pour je ne sais quelle raison d’organisation, Une fois que le gars s’est absenté 2 semaines, je me suis porté volontaire pour le remplacer. La nuit, c’est mieux payé.

Pas loin, au chromage et au cadmiage, il y avait les deux mères Siciliennes,. Deux mères de famille qui ne faisaient pas ça par sport mais par nécessité. Le procédé c’était aussi par électrolyse, avec la différence qu’ici c’était le cadmium ou le chrome qui se déposait sous forme ionique sur la surface de petites pièces d’acier destinés à être protégées. Cela se passait dans deux petits bains de 1m sur 50 cm et 1m20 de profondeur. Elles travaillaient aussi sur un plancher humide, munies de bottes, gants et tablier en caoutchouc. En effet, elles devaient sortir les supports dégoulinants d’un bain acide pour les plonger aussitôt dans l’eau.
C’étaient évidemment parmi les moins bien payées pour un des boulots les plus pénibles.




Anemone Posté à 08h59 le 14 Jan 18
Membre

Messages : 158
..où l'on voit que les hommes acceptent des travaux difficiles pour gagner plus...
quant aux femmes : "C’étaient évidemment parmi les moins bien payées pour un des boulots les plus pénibles."
injustice encore d’actualité aujourd’hui, hélas…
merci pour ce témoignage prenant.




Oxalys Posté à 11h01 le 14 Jan 18
Membre

Messages : 1436
A qui objecte que tu n'as pas le talent de Rimbaud ou d’Apollinaire,
On rétorque qu'on ne peut pas tous briller en poésie avec son tralala.
Par contre, à la lecture de ce récit concernant la classe ouvrière
On se retrouve comme transporté dans l’ambiance de Zola…




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