Connectez-vous pour participer          Identifiant perdu     S'inscrire   

Lespoetes.net, la poésie sur internet.

       


Discussion en direct Connectez vous pour participer.


REMINISCENCES
Mandin



Type d'ouvrage: Recueil de poésie

Nombre de page: 158

Prix: 15

Date d'édition: 01/01/2010




Présentation

Préface d’Alice Machado*

« Avec un dernier vers j’ombrerai d’aurore
Les contours de ma vie ».
Mandin


La poésie de Mandin tente de redéfinir la mémoire, avec la volonté incessante de rassembler ses souvenirs éparpillés, les retenir, pour les tisser de nouveau, dans une quête quasi désespérée, dans la crainte d’une désagrégation tant temporelle que spatiale.
Semblable à un peintre, le poète veut laisser derrière lui, la trace qui intrinsèquement restera le fil conducteur de ce recueil poétique. L’âme ressent dans la naissance de l’aube ce confus néant, nous laisse entendre l’auteur de Réminiscences.
L’impossibilité de saisir l’Autre, de se saisir soi-même, et le Temps surtout, avec ses horloges, souvent citées dans le texte, ses chevauchées d’amour, de deuils, de délices et de souffrances, inhérentes à ce corps poétique, chargé de figues de style, de recherches littéraires.
Dans la solitude ils dansent ! … Il faut retisser pour retenir, pour se ressouvenir.
Ainsi dans le Tisseur Mandin écrit :
« Tissant nos silences avec le fil de notre histoire. »

la nudité s’habille d’elle-même
la retisser devient nécessaire pour s’en souvenir… »

L’auteur possède l’art de faire passer avec aisance, une certaine tension dans ces textes, semblable à un jeu de rôles, l’idée de l’accomplissement dans le non-accomplissement.
Le sujet se dédouble, l’universel se multiplie. Les personnages, les sentiments, les objets surgissent, chargés d’histoire.
Sur les pas de ce parcours poétique propre à Mandin, nous retrouvons l’évocation du soleil, l’errance, le vertige et la jubilation, la douleur, le foisonnement des lieux parcourus par le poète, transfigurés par son imagination, pays où les songes pourraient devenir palpables, là où la nouvelle genèse qui transcende les désirs, passés, présents, futurs, dans la vison de ce moment idyllique, dans ce monde de tous les possibles, qui est certainement pour Mandin le « vrai lieu » ayant le pouvoir s’auto-régénérer.
Au fil des poèmes le lecteur est me semble-il saisi par ses propres ressouvenances, oscillant entre le défini et l’indéfini, la certitude, l’affirmation et la négation, parfois même dans le corps du poème et les éléments liés ne peuvent l’être qu’en apparence.
« La poésie écrit Jakobson, affirme en même temps qu’une chose est et n’est pas. »
Les poèmes se tiennent, comme liés par la chair de mots choisis par l’auteur. Le texte est mis à nu, devant nos yeux, il nous est offert et cependant il reste un mystère à décrypter.
Mandin a répondu aux exigences du désir, il a construit des formes poétiques où figure son angoisse du temps, la violence des ses phantasmes, et des fantômes, qu’il tente d’incarner et d’enraciner dans une expérience réelle, donnant la sensation qu’il veut mettre en jeu sa propre existence, s’inscrivant lui-même dans le tissu de ses souvenirs. La récurrence des thèmes tels que la folie, la mort, l’amour, l’amitié, la fuite inérable du temps sont ici sublimées par l’Art : la musique, la peinture, la poésie surtout, lieu physique et psychique, là où tout devient possible, là où le poète peut revêtir la robe de « la mère penchée » » cette figure féminine qui elle seule, peut engendrer le corps du texte.
Que le lecteur ne s’y trompe pas ! … Mandin, malgré ses désir d’eaux troubles, l’impression d’un certain égarement, qu’il laisse volontairement vagabonder, flottant dans la ouate, naviguant entre le clair/obscur, compose son texte, dont les notes sont tenues par une ligne rouge tricotée dans l’ angoisse existentielle de la vie et de la mort, la fuite vers le rien, où il essai de mettre en scène sa propre expérience du gouffre. Pourtant, rien ne peut être perdu, les souvenirs se régénèrent, car tout peut être racheté par ses Réminiscences…
Les thèmes abordés, le choix du vocabulaire, l’alcool, la fumée, les parfums proches et lointains, les voyages, le tout voilé par une brume crépusculaire, ne pouvant laisser le lecteur indifférent. Il nous est offert dans ce recueil un sensible goût de l’univers des poètes maudits, un zeste de Rimbaud ou encore une parcelle de Baudelaire, comme nous pouvons le noter dans certains de ces vers comme :
La saison ma sœur éternelle » :

« c’est fini les fleurs

le cortège des parfums s’en est allé
et les feuilles d’or
rouge aussi et d’orange
et de vieux vin encore… »

Ressentons la volonté de l’auteur qui veut tracer dans la chair du poème, dans structure architecturelle des mots qui soulèvent l’énigme, tout ce qu’il nous donne en partage y compris la remontée forte des images, les clefs essentielles à leur compréhension.

Vibrations, tournoiements, coloris nuancés, où le réel se mélange indéfiniment à l’éphémère !…. Voilà un texte riche, à l’entité enivrante, cosmique, mythologique, éblouissant par ses couleurs, oscillant entre ombre et lumière, dans l’union des contraires, qui , par la puissante des images métaphoriques, et un style que l’on pourrait définir comme néo-réaliste, avec une touche d’impressionnisme , nous plonge dans un climat de fascination, qui reste inscrit dans l’essence même de l’Art, signature interne des grands créateurs.

Réminiscences, c’est la musicalité, la danse même du poème, le lieu sublimé où le lecteur perd souvent pied au bord de l’abîme.



Alice Machado
poète / écrivain






Extrait

La mère penchée

Elle s’est penchée.

Maintenant sa main trouble les eaux troublées.

Elle est penchée.

Sa bouche grande ouverte gobe des mouches sans aile.
Elle est penchée.
La rivière s’épanche sous elle.

Avec ses histoires d’enfants marins
de bébés coquillages
et d’adolescents bateaux d’papier
elle est penchée
au-dessus des histoires matinales
des regrets nocturnes des oublis passagers.

Avant d’être penchée
ma mère savait se courber sans sourire
elle avait le dos rond
le bon et le mauvais
ses souvenirs tombaient à l’eau
sa vie à vau l’eau
son avenir à fort tirant d’eau l’a tyrannisée
le matin surtout
quant tout ce temps fendillait sa maturité de fillette.

Ma mère aimait se pencher au-dessus de ce qui passait
se traîner
raconter des histoires à glousser
ma mère ne restait droite que pour chuter
sur des verglas historiques
dans des trous de mémoire
dans des rêves improbables.

Elle est morte penchée
au-dessus de sa vie
à voir passer ses fils
ses filles
ses maris
ses amants
ma mère est morte en mourant
en fermant la porte des possibilités
en ouvrant la fenêtre des velléités.
Elle s’est penchée pour se ressaisir
se saisir d’elle même
au passage elle attrapa sa mort
qui penchée au-dessous d’elle l’a saisie au passage.

Elle trouva pratique de mourir
n’avoir plus de vie à vivre
enfin pouvoir se pencher sur soi
sans tomber de soi
au gré des riens des pleins et des vides.
Ma mère est morte bien droite dans son cercueil
elle n’avait plus peur de tomber.

Ma mère penchée à la fenêtre avait remplacé mon père
aux pieds levés
dans cette bouffonnerie tragique
le rideau à peine baissé
à peine levé
les spectateurs à peine invités.
Elle devait occuper sa place debout sur la chaise
à se faire applaudir par des passants
passant
elle se pencha par la fenêtre
la rue était debout
les gens enthousiastes hurlaient de rire
ma mère se pencha comme mon père
le rideau tomba
je suis resté assis à regarder dans le générique
le nom des fourmis.

Quand une mère meurt
le fils se fait le cinéma qu’il peut.
Penché au-dessus d’elle
mon corps comme un pont
entre monts et merveilles
entre mes frères
entre mes fils
entre mes femmes
entre mes amis
entre hier et le jour précédent.
Demain
ma main troublera les eaux claires

je serai penché.



Il y a actuellement 15 visiteurs sur le site !

MEMBRES CONNECTES ACTUELLEMENT  [0]:

LES MEMBRES QUI SE SONT CONNECTES IL Y A MOINS DE 24H  [60]:
La veuve noire. Licorne. Violette. Rickways. Skywheeler. Jmd. Lo. Tonindulot. Machajol. Oxalys. Colline. Evemarie. Nostahrj. Royam. Lasource. Ann. Muse31. Saintes. Isa la Bella. Fasya. Wall. Stapula. Gerachau. Lefebvre. Marcek. Joa. Tomto. AR_d_N. Dreamhunter. Kirlian. Salus. Mijo. Piloukan. Anemone. Pilar. Lysio. Mahea. Sylvain2023. Aurorefloreale. Leonard. Arcane. Isabelle Chevalier. Par ma voix. Coeur de poete . Typique. Laurent7869. Taw. ThorHydae. Rogertibbart. AlanJoyce. Noiressaim. Zalina. Bleu Horizon. Joailes. Maitia. F.Lo. FranckLPSME. Vincentcros. Colfeau. Novembre a Paris .

LES DERNIERS MEMBRES INSCRITS :
Hannah. Colfeau. Vincentcros. Lou-guit. FranckLPSME. F.Lo. Nazca. Le Corbeau Noir. Novembre a Paris . Pivoine. 5g. Mousquetaire. Maitia. Inti . Joailes. Shaozu. Decugis Martial. LaPeurDuVide. Ava. Cleyaa.

********
Contact
Copyright©Lespoetes.net
Tous droits réservés
Site déclaré à la CNIL sous le n°1023924