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L’emmurée


Les chevaliers guerroyaient en Terre Sainte. Le futur seigneur des Terres de Mortemare, mon frère, pissait encore dans ses langes. La bête sommeillait en ce poupin et la centaurée envahissait les champs de seigle battus par le vent chaud de l’été. Les rais du soleil brûlaient les moellons du donjon comme à cette heure de midi.
Je me souviens de cet an dernier, ce temps Jadis… Génevote tentait d’attraper quelques lézards qui s’attardaient sur les soubassements de la tour. Plus vifs que l’écureuil sur la branche, plus vifs que l’anguille sur l’onde, plus vifs que l’éclair sur les Cieux, ils s’allaient réfugier dans une anfractuosité du mur.
Je me souviens de ces ans derniers, ce temps Jadis… Dame Isabeau, ma mère, gérait le domaine et ses gens avec fermeté certes mais justice. Elle m’initiait aux rudiments de la lecture, à la connaissance des herbes, au filage de la laine et du lin.
Que ces hommes ne se soient pas tous entrégorgés pour notre Salut, Seigneur Dieu, je ne te remercie pas car ils s’en sont revenus au temps des labours, semer la terreur parmi les leurs. Ces guerriers ne valent rien. Avides de terres et de pouvoir, ils nourrissent des ambitions dont nous, les femmes sommes les outres.
Ma mère me dit : « Tu as quinze ans, ce jour d’huy ». Mon père dit : « Je l’ai mariée au baron de Coupeyres pour cinq cents journaux de mauvaises terres à vignes attenantes à son fief et deux besaces d’or volées aux sarrasins».
Comme ingénue, j’étais alors. J’entends encore les cris qui dehors, montaient de la bassecour affairée au service de notre maison et le rire de mon intrépide cousine désolée de n’avoir pu engeôler le pauvret animal, recueillant en ses mains, une queue frétillante encore un instant pour la frayeur de cette enfant. Que ne puis-je abandonner à ses brutes, mon enveloppe terrestre ! Que ne puis-je échapper à mon sort sans déshonorer le blason de mon père ! Que ne puis-je trouver refuge en un quelconque abri. Le salut du lézard sera mon tombeau...
Le cortège atteint le quartier des artisans et des maraichers venus proposer herbes et racines. Les pauvres gens que la scène distrait un moment de leur servitude, s’écartent et se taisent, complices d’un meurtre annoncé, celui de leur Dame qu’il fêtait hier pour ses noces.
– J’avance vers mon supplice, ma délivrance. Marie, Mère de Dieu j’ai peur. Innocence, je clame mon innocence. Je n’ai connu du péché de chair que la bestialité d’un époux aviné, la douleur fulgurante de la défloration, la moquerie grossière des compagnons de beuverie de ce Sieur Coupeyres quand je repoussai ma robe sur des cuisses meurtries et maculées de sang.
Seigneur, Tu sais que je t'aime, Tu sais tout, dis-moi n’ai-je vraiment pas d’âme ? Les oies prient-elles pour leur salut ? Je suis comme le cochon qu’on égorge. On me mena à l’autel comme on livre une brebis au sacrifice. J’avance les mains entravées sur mon ventre vide. Ventre béni de n’abriter aucun de ces fruits pourris qui se font demain nos tyrans. Je me soumets à mon destin mais Seigneur aide-moi, je n’ai pas le courage d’une déesse. Seigneur Miséricordieux, pardonne-moi les péchés que je n’ai pas commis. Marie, donne-moi la force de supporter l’épreuve que mon époux m’inflige dans un dessein que lui seul connait.
Voyez le prévôt, le corps aussi sec que ses préceptes parader. La procession gagne les coursives desservant les cuisines, le saloir et la réserve. Je ne suis jamais venu en ces lieux... Un garenne pendu à un clou, l’orbite vide dégoutant de sang dans une seille. Entre les peaux tendues sur des cadres, des pommes flétrissantes sur les claies et des herbes séchant aux poutres. Du fromage finit de vieillir sous cloche. Les odeurs d’ail et d’eau grasse rappellent aux témoins de ma déchéance, les ripailles de la veille et la grande buée de la semaine d’avant. Le baron hiératique, au fond de ce boyau sombre et humide jouit de l’innocente créature hésitante que je suis, je voudrais résister au garde. Je fais mon dernier pas dans le monde des vivants.
– Père Dieu, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font, ils suivent aveuglément le Maitre, seigneur et Maitre cruel, époux abjecte, haleine fétide et puant le rance, Il me jette dans ce cul de basse fosse pour m’avoir supplicié en folles injures du corps sans que j’en sois engrossée. Il aura bien consolation avec ma dot confisquée et quelque autre damoiselle qu’il jettera sur sa paillasse en signe d’alliance.
Le réduit désaffecté avait recueilli des générations de défécations tombant en cascade des étages supérieurs de la tour sud du petit castelet mais le maitre de céans en avait trouvé meilleur usage. Je trébuche et tombe à genoux sur la pierre de seuil.
– Pitié, pitié pour votre aide. On m’emporte au Tombeau vivante, vous ne pouvez pas laisser faire !
Et les pas feutrés par la sciure et le foin de tous mes gens qui passent devant le trou encore béant de mon Infortune. Savent-ils ? Ils baissent le nez sur leur servile position. Mais n’êtes-vous donc point des hommes de bravoure et des femmes de cœur. Que nenni ! Votre infortunée maitresse attend la mort qui l’emportera.
Les gens du château se signent dans leur instinct animal et retourne à leurs corvées, ils ont déjà oublié le drame. La compassion fut une faute et l’indifférence est dans leur nature soumise. J’entend les saints hypocrites marmotter leur oraison. Gardes, enchainez-moi bien à l’anneau. Que ne courrais-je entravée dans mes jupes, vous auriez vite rattrapé votre proie. Ils gâchèrent le mortier à grands coups de truelle pendant que des enfants apportaient des pierres que les ouvriers montaient en un mur de la honte. Les maçons terminent leur basse besogne. Sentez la chaleur de mes doigts égratigner la peau suintant des pierres de ce réduit. Sentez la raideur de mes doigts griffer mon visage figé par la terreur.
– J’ai froid, j’ai peur... ô très pieuse Vierge Marie, ne rejetez pas mes prières… Mère, ô Douce Mère, chantez-moi comme autrefois cette berceuse : Mon petit oiseau a pris / sa volée / A pris sa, à la volette /A pris sa volée.
La dernière pierre est scellée, j’enrage et grave mes empreintes de mon sang pour l’éternité
– Je vous maudis Tous. Pourquoi m’avez-vous abandonnée ? Pourquoi m’avez-vous menti, Dieu n’existe pas, entendez-vous pauvres de Vous, les prêtres ont inventé ces sornettes pour vous soumettre. Une souris me frôle… Du jour, de l’air, je veux respirer encore un peu… Un espoir, on va venir me délivrer. Oui, j’entends des pas, c’est pour moi… les pas s’éloignent. Ils auront oublié la masse pour détruire ce mur… Ils ne reviennent pas, ils se sont égarés ! M’auraient-ils oublié ? C’est la nuit, tout est calme…
Je voudrais crier mais je n’ai plus qu’un râle au fond de mes entrailles desséchées. Sur les murs, un arbre danse sous la brise, un nuage roule sur le ciel... Je déraisonne. Mes liens sont trop courts, je ne puis pas m’allonger, ni me lever. Accroupie dans ce cloaque que n’ai encore à me débattre, ma tête est lourde... Pardonne à mes bourreaux. Marie, je t’ai offensée un jour... deux nuits... peut-être plus, peut-être moins, je ne sais. Le soleil n’existe pas ou je ne me souviens plus... Marie, pardonne-moi les offenses que je l’ai fait, Marie reçois-moi en ton sein, je suis prête. Je sombre dans ce sommeil dont on ne revient pas. Mon petit oiseau a pris / sa volée / A pris sa, à la volette /A pris sa volée.




Ecrit par Ann
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