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Maninred



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Caddie (Conte)

Highslide JS


Caddie

Couché négligemment sur le bord d'un fossé,
Inspirant le mépris d'un monde caboteur,
Un vieux caddie rouillé de ses roues défaussé,
Dans sa longue agonie pleurait sur son malheur.

Il avait fait l'orgueil de gens en uniforme,
En rangées accouplé avec ses congénères,
Dans un supermarché sur un parking énorme,
Au service voué de la gent ménagère.

« - Sherpa infatigable, asservie estafette,
Propulsé par l'essor d'étranges frénésies,
J’assistais le client au fil de ses emplettes,
Assumant le transport de ses denrées choisies.

Le temps m'a paru long, j'ai fait des kilomètres,
Des allers et retours du parking aux rayons.
Plusieurs milliers de fois se relayaient mes maitres,
Sans qu'un seul s'apitoie sur mon sort de grifton.

J’ai su leurs mains moites, calleuses ou inquiètes,
Qui serraient la rondeur de ma barre d’appui,
Me poussant sans égards vers là où tout s’achète,
Me chargeant goulument au gré de leurs lubies.

Un jour un vieux monsieur a détourné ma route,
Il était différent, son train plus débonnaire,
Me confia son barda, un chiot nommé Helmut,
Quelques plantes en pot et un cubitainer.

D'emblée je l'ai aimé ce vieux poète hirsute,
Empenaillé de bure et d'un ciré vert pomme,
Il blasphémait souvent, s'inventait des disputes,
Poursuivi qu'il était, par des méchants fantômes.

Il m'a trainé partout, j'ai découvert Paris,
Les berges de la Seine et des gens étonnants,
Lorsque Helmut aboyait mon cocher attendri,
Le berçait maladroit dans ses bras apaisants.

Les rebords de trottoirs me blessaient les chevilles,
Mon amble chevrotait sur les chaussées pavées,
Mais que j'étais heureux découvrant la Bastille
Et le bruit et la vie et les cieux délavés !

Si j'en ai vu des gens, empressés et honnêtes,
Evitant le regard de mon maitre et son chien !
Parfois une mémé posait une piécette
Dans un panier d'osier collecteur de butin.

Ses amis singuliers se retrouvaient le soir,
Sous un pont ténébreux coffre-fort de leurs rêves
Près d'un feu rassembleur brasillant leurs espoirs,
Rudoyés par le vin qui circulait sans trêve.

Des diatribes fusaient contre la terre entière,
Jurons de désamour pour chalands isolés,
Puis l'alcool estompait la haine rancunière,
Qui défaisait leur coeur de clochards esseulés.

Alors, lui, devisait sur l'énigme muette
Des étoiles perchées à l'abri du vacarme,
Cherchait dans le sommeil la clé d'une cachette
D'un monde décevant pour y poser ses larmes.

Parfois de ses doigts gourds, aux ongles encrassés,
Il caressait distrait l'acier qui me compose,
Me disait à l'oreille un rondeau du passé,
Qui parlait de passion, de filles et de roses.

A chaque nouveau jour pointait la renaissance
De lueurs inouïes, de gens, de bruits, d'odeurs
Et je me surprenais à aimer ces errances,
Dans un Paris vivant, ouvert aux baroudeurs.

Mais sont venus ces jours de paresse immobile :
L'homme s’émaciait, les plantes se séchaient.
Même Helmut autrefois si vif et si servile,
S'étiolant de dépit, sans répit gémissait.

Un camion rouge enfer est venu m'enlever
Mon maitre et puis son chien sous un strident chambard.
Ils m'ont abandonné sans même relever,
L'émoi qui me minait sous l’oeil du gyrophare.

Pupille abandonné, j'ai souffert le martyre,
Des fripons avinés ont pillé mon fourbi,
D'autres m'ont malmené dans leurs sombres délires,
Me délaissant plus tard en sinistre zombie.

Un larron plus teigneux s'en est pris à mes roues,
Figeant mon apparence et me clouant au sol.
Un autre m'a poussé dans cet horrible trou
Entre un four cabossé et un vieux parasol.

Ici j'atteins ma fin de vie de colporteur,
Dans un profond sommeil orphelin d’illusions,
Attendant l'arrivée d'un vénal ferrailleur
Qui me ramènera aux fourneaux de fusion.

Et je serai bateau, voiture ou bien charpente,
Ou cheval de manège ou câble d’ascenseur,
Sans doute oublieras-tu l'odyssée fascinante
Du caddie vagabond qui encageait un coeur. »



Ecrit par Maninred
Tous droits réservés ©



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