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Salus



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Caraquie


Moi mon enfance fut heureuse
Mais j’en peux vous faire pleurer
L’ombre de l’arbousier, de l’yeuse
A fait mes chagrins s’épurer
Et puis j’avais l’âme vicieuse…

Je me souviens de cheveux blonds
Arrêtez-moi si je me trompe
Je me souviens d’amours oblongs
Et qu’il se peut que tout se rompe

La touffeur des après-midi
D’été dans l’ombre de l'immeuble ;
L’interminable samedi,
L'imaginaire indissoluble !

Déjà j’étais pestiféré
A l’école on disait « caraque ! »
Presque nu, le pied non ferré
Terrifié par cette traque

Lancée aux enfants différents
J’ai tôt appris que je me cache
Et qu’il n’est pas de bons parents
- C’est sur mon fantôme qu’on crache -

Je hais, je sens, je feins, je fuis !
… Et ma mère encore agonise
Mon père faisait les trois-huit
Il fallait que je vous honnisse

Mais j’aimais déjà les buissons
Et les bourrasques du mistral
Quelquefois j’entendais les sons
Des poètes - c’était le Graal !

Au Teppaz, un chanteur à texte
M’offrait Hugo, Paul Fort, Musset...
Je décollais, acteur annexe,
Sans rien comprendre à la Muse, et

Je visitais l’azur des cimes

Ça me consolait des lazzis
Fusant des ces bouches - adultes
Sur leurs certitudes assis
Comme des curés sur leurs cultes !

J’avais des frères et des sœurs ?
Je n’en ai plus la moindre idée
Le temps arrachera les cœurs
Sous la peau toujours plus ridée

Étant œuf j’étais déjà vieux
Et comme mon vieux l’âme veuve
Je provoquais les envieux
Qui croient que la souffrance abreuve

Et fantasment sur le karma
Auréolant de ses victimes
Le destin même qu’il ferma
En des chapelles non-Sixtines !

Lors j’allais, créant l’univers
Dans ces nuits que les autres dorment,
Grelottant d’éternels hivers,
Sous les charmes qui se déforment

A l’étuve pleine de sang
D’un souvenir impérissable
Malgré le profond de l’étang
Où gisent mes esprits de sable



Ecrit par Salus
Tous droits réservés ©



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