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Ann



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Le généreux égoïste et le gai passereau


Un vieux avait pris l’habitude
De venir se poser sur un banc.
Il fallait vraiment la pluie
En amour avec le vent
Pour que le flâneur quittât la place.
Il jetait à la volée des miettes de pain
Et des restes de brioche aux pigeons.
Son manège durait depuis des mois.
Un moineau plus impertinent que les autres
Volait la vedette à toute la gente emplumée.
Dans une flaque, l’oiseau ébouriffait
Ses rémiges éclaboussant le soulier
De la statue humaine amusée
De ce spectacle quotidien.
Le piaf en vint un jour, en prudente confiance
À déchiqueter le sachet de papier
Chargé des reliefs convoités.
— Tu es un bandit bien culotté, fit l’homme
Qui s’entendit répondre :
« Tu mendies bien la compagnie !
Ces modestes oboles sont à toi
Divertissement à tes chagrins.
A moi, elles donnent aigreurs d’estomac.
Je tire mes forces et ma gaité,
Comprends-tu, plutôt des vermisseaux.»
Répondit l’effronté passereau.
Le visiteur du square tendant sa main ouverte
Continua ainsi la conversation :
— Tu fais ma joie, petit pierrot
Tu combles les regrets qui alourdissent mon pas,
Viens, viens ! Petit piou-piou
Pose-toi là que je te cajole.
Je te donnerai en paiement de ta compagnie
Le gite, le couvert et le réconfort…
Je suis si cruellement seul, continua le vieillard
— Je suis bien assez près pour sautiller et pépier à loisirs.
Je suis libre avec mes frères et ne désire rien d’autre.
Mais ton âme généreuse voudra adopter Colvert !
Tu marches sur trois pattes, il ne lui en reste qu’une.
A vous deux, vous feriez la paire.
Je ne donne pas cher de sa peau
A l’automne, il sera mort de faim
Avant que le froid fasse le sale boulot,
Reprit l’animal que la geôle ne séduisait pas.
— Que j’adopte ce triste éclopé ! fit le vieux dépité.
En lieu de ton chant, tu m’offres la fiente
A ajouter au solde de ma pauvre vie !

— Tu as bien tort vieillard de le prendre ainsi.
Ton cœur est une croûte de pain sec
Tu voulais m’adopter disais-tu ! Que nenni !
Tu mourras orphelin du bonheur, chanta l’oiseau
S’enfuyant sur la plus haute branche d’un saule.



Ecrit par Ann
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