Alain CHARTIER
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(poète)
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CHARTIER ALAIN (1385-? 1429)
L'œuvre de ce grand poète de la fin du Moyen Âge reste injustement négligée : il a pourtant laissé une marque profonde et subtile dans la littérature française. Clément Marot dit de ses vers qu'ils étaient un honneur pour toute la Normandie, sa province natale, et fit ainsi son éloge : Le bien disant en rithme / Alain... dont la muse est fine.
Le grand humaniste Étienne Pasquier (1529-1615) prolongea cet éloge, nommant Chartier le « grand poète de son temps ». Mais Alain Chartier ne fut pas seulement poète : on l'admira aussi pour sa prose soignée, écrite en français et en latin, à tel point que Pasquier lui donna le titre de « Sénèque de la France ». La perfection de sa prose (Quadriloge invectif, 1422) était telle, qu'au xviie siècle un maître de la langue française, Charles Sorel, déclarait qu'il la préférait à ses poèmes. Ses deux formes d'expression ont en tout cas profondément influencé la création littéraire du xve siècle, notamment l'art des rhétoriqueurs qui le considéraient comme le père de l'élégance française : « noble poète et orateur », comme le précise Jean Lemaire de Belges.
Alain Chartier ne se contentera pas de marquer la littérature française par ses écrits, il le fit également par le mythe qui entoura sa vie. Ce mythe — l'histoire du fameux baiser qu'aurait laissé Marguerite d'Écosse sur les lèvres de Chartier, faisant jaillir ainsi toute la création poétique de sa bouche — fut repris au xixe siècle par de grands écrivains tels Gérard de Nerval et Alfred de Musset. Un fait historique est certain : Chartier fut le secrétaire du roi Charles VI, ainsi que de Charles VII, et occupa le poste d'ambassadeur en Allemagne, à Venise et en Écosse. Un grand événement historique influença plus particulièrement son œuvre : la bataille d'Azincourt (1415), qui engendra l'un de ses plus longs poèmes (3 600 vers) : Le Livre des Quatre Dames. Le thème principal en est les malheurs de quatre femmes qui s'interrogent sur leurs destins respectifs et se demandent lequel est le plus douloureux : l'amant de la première dame est mort, celui de la deuxième dame fut capturé, le suivant disparaît et le dernier a déserté le champ de bataille par lâcheté. Cette œuvre influença la littérature du xvie siècle, notamment Marguerite d'Angoulême qui s'en inspira dans La Coche.
Toute étude sérieuse sur Chartier ne saurait oublier de mentionner son poème le plus célèbre, La Belle Dame sans merci, qui retrace les paroles d'un soupirant mal aimé à sa dame dont la froideur inspire des vers parmi les plus célèbres de la poésie française : Ha ! cuer plus dur que le noir marbre, / En qui merci ne peut entrer.
S'il s'agit d'un thème conventionnel de l'amour courtois à la fin du Moyen Âge, la dextérité de la forme distingue Alain Chartier des écrivains de son temps et a fait de ce poème l'un des plus connus à l'étranger de la littérature française. Le titre fait, bien sûr, penser au poème du même nom dont John Keats est l'auteur. Le poète anglais a pris ce titre d'un poème attribué par erreur à Chaucer et sa « Belle Dame sans merci » se révèle assez différent du poème de Chartier qui fit de ce dernier le maître du huitain. Le grand médiéviste Gaston Paris alla même jusqu'à en attribuer l'invention à Chartier. Cette théorie prête à controverse car Oton de Granson avait déjà auparavant utilisé le huitain, et son influence sur Chartier fut considérable.
Joël SHAPIRO
source : http://www.universalis.fr/encyclopedie/alain-chartier/
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