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Artiste d'hier / Jean-Baptiste POQUELIN
Jean-Baptiste POQUELIN   [ 9]
(poète)


Biographie

Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, naît et meurt à Paris, baptisé le 15 janvier 1622, décédé le 17 février 1673. Sa vie est un roman, qui inspira de nombreux auteurs et cinéastes, tel celui de Mikaïl Boulgakov (Le Roman de Monsieur de Molière) ou le film passionné et passionnant d'Ariane Mnouchkine simplement intitulé Molière. Il est d'autant aisé de bâtir une légende que peu de traces restent de lui, outre ses œuvres destinées au public. Pour ce qui est de sa vie privée, il n'a quasiment rien laissé. Sa vie est entièrement consacrée à son œuvre et à ceux qui la permettent. Les potins, pour différents motifs d'autant plus faux que nuisibles, iront bon train et seront, innocemment, repris par quelques biographes opérant de seconde main, faisant références par défaut. S'il faut se méfier du "Grimarest", heureusement que dans sa troupe il embaucha, à Pâques 1659, le comédien et ami, Charles Varlet, connu sous le nom de La Grange, lequel, comptable, tint le journal de la compagnie – l'"Illustre Théâtre" -, le fameux registre de Lagrange.

Il aurait pu n'être qu'un grand comédien, qu'un grand meneur de troupe, qu'un grand auteur... Il est tout cela, et plus. Il est présent partout, s'occupant d'écrire, répéter, trouver les costumes, résoudre la logistique, monter les mises en scène, incorporant des machines et de la musique (Lully, Charpentier), offrant ce que nous nommons aujourd'hui un spectacle total, dynamisant ses comédiens, jouant ou déjouant les rivalités avec les concurrents, trouvant les salles quitte à partager, promouvant les pièces, faisant preuve de diplomatie avec les pouvoirs, cultivant les relations utiles... Il est chef d'entreprise et stratège ! Il trouve cependant le temps d'aimer Madeleine Béjart, plus tard Armande qu'il épousera, fille de Madeleine, non pas de lui comme l'ont voulu laissé entendre les misérables. Car pour abattre qui l'on envie, tout est bon, y compris fouiller dans les cabinets pour y trouver ce que l'on y dépose, rien de neuf sous Apollon !

Que compose-t-il ? Nullement une actualisation de la mythologie, une amplification d'un moment historique, il utilise les types vivants du théâtre de rue et de l'italien pour dévoiler le présent. Se contente-t-il de décrire son époque, de la peindre comme on nous l'enseignait ?... Pas du tout, il démontre le mouvement de la société qui le porte et traverse. Il montre ce que l'homme d'il y a peu devient, malgré et à travers ses ridicules présents. Les ridicules sont les révélateurs de l'évolution.

Le siècle de Molière est une bombe à retardement : 1610, assassinat d'Henri IV, 1715, mort de Louis XIV. L'ancien régime atteint son sommet avant de s'écrouler. Les fondements christo-romains de la monarchie sont ébranlés par : la Réforme (Luther, Fermat), le Jansénisme (Pascal, Racine), les frondes (Conti), l'Anglicanisme, le Libertinage (Bergerac), et bien sûr, la montée en puissance de la bourgeoisie commerçante et de la Banque. Désormais, à cause d'un italien qui ne se contente pas de mesurer l'Enfer de Dante, la vérité est à lire, non plus dans le Livre de la Révélation écrit en Latin, dans celui de la Nature écrit en mathématique. Les femmes s'émancipent et le bourgeois brigue l’anoblissement de robe : il n'est pas encore ce révolutionnaire hésitant entre jacobinisme ou girondinisme...

Qui sont les plus ridicules, des petits marquis qui donnent du mollet, du bourgeois maladroit qui cherche culture et bonnes manières ? La critique de Molière est souvent double, la cible sous son regard précis à côté de ce qu'elle semble. Quant à son Festin de Pierre, s'agit-il d'édifier le badaud par le spectacle de la damnation, comme lors de toute exécution capitale, ou de renouer avec la tragédie la plus originelle qui soit, l'affirmation criée par Dom Juan, à la barbe des dieux, de son humanité : "même perdu, je ne fléchis pas !"

Molière vise juste, à chaque envoi touche, avec la grâce de la simplicité et la désarmante facilité que son œil aigu donne à son esprit, à sa fidèle plume laquelle, humble servante, le suit et l'affûte. J'ai nommé : Molière ! Valéry n'est pas le père de Brassens, son père est Molière. Il a hérité de cette simplicité, du mot juste et de l’œil rieur quand la parole est acerbe : dedans, Alceste ; dehors, Philinte. Il eût beaucoup d'enfants, Beaumarchais, Rostand, Feydeau, pour n'en citer que quelques-uns, auxquels sans vergogne j'ajoute l’œil et le rire de Palmade et Robin, qui sont, dans un registre que d'aucuns diront mineur, des majeurs de la scène.

Mais quels sont les pères de Jean Baptiste ?
Pour Corneille et Racine, c'est facile, des latins, des grecs, un peu d'actualité comme les Turcs pour Bajazet, de l'histoire légendée comme le Cid, lequel n'était qu'un mercenaire et voyou, plus proche de notre Duguesclin que du Roland de la Chanson. A chaque époque sa petite entreprise...

Alors, Molière ? La rue, treize ans de route à travers le Languedoc essentiellement, les italiens, la commedia dell'arte, les types déjà campés, repris et joués, qui laissent leurs noms à quelques personnages, les Sganarelle fidèles serviteurs, au bon sens communément consensuel, à la bouche gourde mais à l’œil ouvert, éternels valets qu'on retrouve un peu partout, annonceurs du règne des valets. Si Molière avait écrit une suite à son "Festin de Pierre", l'aurait-il appelée "Sganarelle à cheval" ? Un beau titre, reste à en écrire la pièce... Je vois bien, Robin dans le rôle de Sganarelle et Palmade dans celui du cheval... Ne s'écrit-elle pas chaque jour sous nos yeux ? Mais Molière n'a pas à transmuter du statut de fils à celui de père ; héritier de Prométhée, il fonde sa maison, il est son propre père : c'est cela le génie ! Être le premier d'un haut lignage.

« Mais Plaute, et Terence », me direz-vous ? « Ils étaient ses frères, voyons ! » vous répondrai-je.

Quand à 51 ans, il s'éteint chez lui après sa quatrième représentation du "Malade imaginaire", si la phtisie l'emporte, c'est par épuisement que son corps laisse celle-ci le gagner.

source : Jim / https://fr.wikipedia.org/wiki/Molière / Molière, Georges Forestier, Gallimard


Poésie d'hier : 1 poèmes











Prénom: Jean-Baptiste
Nom: POQUELIN
Pays: France


Né(e) en: 1622
Mort(e) en: 1673

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