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Artiste d'hier / Maurice ROLLINAT
Maurice ROLLINAT   [ 161]
(poète)


Biographie

Maurice ROLLINAT, poète français, né à Chateauroux le 29 décembre 1846, est mort à Ivry sur seine le 26 octobre 1903.
Son père, François Rollinat, était député de l'Indre à l'assemblée constituante en 1848 et fut un grand ami de George Sand. Issu d'un
milieu cultivé, Rollinat se met très tôt au piano, pour lequel il
semble avoir de grandes facilités. Dans les années 1870, il écrit ses
premiers poèmes qu'il fait lire à Sand, laquelle l'encourage à tenter
sa chance à Paris. Il y publie son premier recueil Dans les brandes
(1877), qu'il dédie à Sand mais qui ne connaît aucun succès. Il rejoint
alors le groupe des Hydropathes, fondé par Émile Goudeau, et qui
rassemble de jeunes poètes décadents se voulant anticléricaux,
antipolitiques et antibourgeois. Plusieurs soirs par semaine, la salle
du Chat noir, célèbre cabaret parisien, se remplit pour laisser place à
l'impressionnant Rollinat. Seul au piano, le jeune poète exécute ses
poèmes en musique. (Il mit aussi en musique les poèmes de Baudelaire).
Son visage blême, qui inspira de nombreux peintres, et son aspect
névralgique, auront une formidable emprise sur les spectateurs. De
nombreuses personnes s'évanouissent ; citons pour les plus célèbres
Leconte de Lisle et Oscar Wilde. Ses textes, allant du pastoral au
macabre en passant par le fantastique, valent à Rollinat, en 1883, une
brève consécration. Cette année-là, le poète publie Les Névroses qui
laisse les avis partagés : certains voient en lui un génie, d'autres,
comme Verlaine dans les hommes d'aujourd'hui, un « sous-Baudelaire »,
doutant ainsi de sa sincérité poétique. Cependant, grâce aux
témoignages et aux travaux biographiques, nous savons que Rollinat fut
toute sa vie très tourmenté et que ses névralgies ne l'épargnèrent
guère. Son ami Jules Barbey d'Aurevilly écrira que "Rollinat pourrait
être supérieur à Baudelaire par la sincérité et la profondeur de son
diabolisme", désignant Baudelaire de "diable en velours" et Rollinat de
"diable en acier".



Malade et fatigué, Rollinat refuse d'être transformé en institution
littéraire. Il se retire alors à Puy-Guillon puis à Fresselines en
1883, proche de l'École de Crozant dans la Creuse, pour y continuer son
oeuvre. Il s'y entoure d'amis avec lesquels il partagera les dernières
années de sa vie. En 1886, il publiera l'Abîme, puis Paysages et
Paysans ainsi qu'un recueil en prose En errant.



Alors que sa femme, l'actrice Cécile Pouettre, meurt de la rage,
Rollinat tente plusieurs fois de se suicider et est transporté à la
clinique du docteur Moreau à Ivry où il s'éteint en octobre 1903, à 57
ans. Rollinat repose au cimetière Saint Denis de Châteauroux.


Il en était venu à être oublié de ses contemporains, et l'écrivain et
dramaturge Hugues Lapaire, un de ses premiers biographes, rapporte que
lors de l'enterrement, quelqu'un demanda à un vieux berrichon qui était
celui qu'on enterrait ; le vieux répondit : « un fameux pêcheur à la
ligne ».



La poésie de Rollinat : de la Nature à la condition humaine

Rollinat à sa table de travail, La Pouge (Fresselines), en 1898


Dans les brandes (1877)


Dans les brandes ouvre un étrange parcours poétique. Le mépris de la
ville et des hommes qui y vivent, fait encore davantage briller la
Nature, blonde, lumineuse et conseillère. Rollinat y trouve une double
perfection : celle des éléments qui la composent, et celle du geste de
l'homme qui l'habite. Très descriptif, Rollinat donne à voir dans ses
poèmes animaliers (L'écureuil, La chèvre...) les personnalités
différentes de chaque vivant. L'homme de la campagne, quant à lui,
développe des moeurs particulières, dont la beauté rustique enchante le
poète (Le chasseur en soutane ; La fille aux pieds nus). Quant à
Rollinat lui-même, spectateur de la Nature et des hommes, il cherche en
vain sa place (Où vais-je ?). Le réel, décrit par Rollinat à travers le
prisme du monde rustique regorge d'interrogations, de failles
inexpliqués, auxquelles le poète va chercher à donner sens.



Les Névroses (1883)


Publié chez Charpentier en 1883, annoncé dès 1882, ce recueil est le
plus célèbre de Rollinat. Davantage que Dans les brandes, l'étrangeté
et le macabre jouent un rôle capital. La Nature est alors transfigurée
par le poète sous la pression d'un imaginaire de l'étrange qu'il fait
se dégager du moindre évènement (La vache au taureau). Les Névroses,
ouvrage de la fascination par excellence, démet le réel de toute son
innocence et de sa virginité mythologique. Le diable, la mort, le mal,
sont des thématiques omniprésentes qui percent le voile de la simple
donnée naturelle. La réalité déborde alors de sens par le double
recours à l'imaginaire et au nihilisme. Évacuant Dieu de sa réflexion
poétique, Rollinat suppose le Diable comme s'infiltrant dans toutes les
manifestations humaines et non-humaines. Par ce biais négatif, il
réhabilite ce qu'il y a de plus naturel et ancré dans l'humain : la
luxure et la mort.



L'Abîme (1886)


Trois ans après son départ de Paris pour Fresselines, Rollinat publie
l'Abîme, qui est l'ouvrage du retrait. Ce recueil est aussi le plus
synthétique de tous les ouvrages en vers de Rollinat. Le poète avait
souhaité écrire un ouvrage sur la condition humaine. Dans l'Abîme,
Rollinat examine en grande partie les vices humains, à la manière des
moralistes du XVIIe siècle. On trouve dans la réflexion de Rollinat des
échos pascaliens (La chanson de l'Ermite), concernant la place de
l'homme dans l'univers, mais surtout une fascination pour intériorité
humaine (La genèse du crime ; Le faciès humain), regorgeant de pouvoirs
insoupçonnés, de pulsions et de projets souvent vains. L'Abîme offre un
constat accablant de la nature humaine et de sa destinée. La vie,
déplorable, ne sera pas, selon Rollinat, excusée par la mort. À la fin
du recueil, notamment dans Requiescat in Pace, le poète, cynique, fait
de la mort un juge sans Dieu au sein de laquelle, l'homme n'aura aucun
droit au pardon.


source : Sebastien ROBERT


Poésie d'hier : 6 poèmes











Prénom: Maurice
Nom: ROLLINAT
Pays: France


Né(e) en: 1846
Mort(e) en: 1903

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