Satisfait?

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Ce sujet a 24 réponses, 7 participants et a été mis à jour par  amma, il y a 1 semaine et 2 jours.

10 sujets de 16 à 25 (sur un total de 25)
  • Auteur
    Messages
  • #1734

    Pierre
    Participant

    href= »https://www.youtube.com/watch?v=AeEqK8aq-cw »

    • Cette réponse a été modifiée le il y a 1 semaine et 2 jours par  Pierre.
    #1744

    amma
    Participant

    Sexte je sens parfaitement le résultat de la paille et la poutre
    combien de fois ai-je remarqué cette incidence de ce que nous sommes sur ce que les autres nous renvoient
    et en particulier dans la médecine
    je vais l’autre jour voir mon mari maltraité à l’hôpital et je demande le médecin, elle arrive au bout de 2 h
    je suis claquée il fait 30 elle pose son baratin savant et mon mari se met à parler anglais, je lui réponds en anglais
    elle dit alors : bon je vous laisse .

    #1745

    amma
    Participant

    bravo Pierre pour ta chanson !

    #1746

    amma
    Participant

    Cancer

    Un vieux monsieur dans le couloir, semi-habillé, avec ses bagages, il a enfilé sa veste sur sa robe de chambre.
    Moi j’arrive de loin avec mes 43 ans magnifiques.
    Au fond du couloir, l’équipe saignante tient conférence. Devant l’ascenseur, un beau lit en bois blanc avec un couvre-lit à fleurs. Qui va chimioter là ?
    Nous sommes à Rouen , octobre 86, j’arrive de Brive.
    Si vous voulez attendre au salon.
    Je suis venue dans l’usine à cancer parce que je connais un toubib.
    Nous entrons au salon, deux lits, une dame fait sa toilette.
    Mais c’est votre chambre !
    -Non, non, installez-vous, on m’a mise au salon parce qu’il n’y a plus de chambre.
    Moi qui suis témestassée au second degré, je commence à chimioter avec humour, toute blanche, Annie me regarde, c’est ma logeuse.
    la dame a un bonnet rose en éponge, je vais lui demander où elle l’a trouvé, ça gratte moins que les perruques.
    Arrive une autre dame qui se déshabille devant tout le monde, ça ressemble à mes rêves où je cherche en vain ma chambre, elle dit : oh moi je suis partie vomir à mon aise chez moi cette nuit, ici c’est l’hôtel des courants d’air.
    Un médecin traverse le salon pour aller dans son bureau, pièce de théâtre cauchemardesque, envie de crier, de repartir, de mourir.
    Un monsieur bien arrive, s’assoit sur l’unique fauteuil du couloir ouvert sur le salon sans porte qui est en fait un hall d’accueil. Il se détourne pudiquement devant le strip-tease.
    Puis ça commence à vomir, on m’apporte un thé. Je sors. Je chante Nougaro : c’est de quel côté la Seine ?
    Des perfs circulent, des chariots comateux. Je cherche les toilettes en évitant de regarder dans les chambres. J’ai peur.
    Je demande à la dame où elle a trouvé son bonnet rose, au Havre.
    On coûte cher à la sécu dit-elle
    -oui mais on n’a rien demandé
    -comment il s’appelle le nouveau docteur ?
    – Marc
    Bon ça va, si on l’appelle par son prénom.
    Le monsieur du couloir me donne son fauteuil. Boulevard des pas perdus, défilé des sommités, affairement des femmes de service, on se croirait dans urgences, j’aurai une chambre vers 15 h, enfin si si et si…
    Annie est partie, je veux m’en aller, j’aime mieux crever dehors.
    La dame sort avec sa cuvette, s’excuse, j’ai envie de l’embrasser, on serait mieux dans une maison de famille ensemble, on vomirait comme si on avait bu.
    Ça va être mon anniversaire bientôt.
    Je continue à gamberger, julien m’a charcutée, me voilà amazone. Ce matin les filles me tenaient, je hurlais de douleur quand on m’a retiré sous l’aisselle 55cl de liquide rose, je suis une vache à lait, pourrie de l’intérieur, estoy toda podrida del interior. Ne faites pas la fine bouche.
    Je parle du cancer comme on n’en parle jamais : des chiffres, des malades bien sages qui se taisent, faut se révolter un peu, je leur ai appris à vivre à tous ces médicastres, je les ai fait chialer, ils m’ont dit qu’ils ne supporteraient pas cette saleté dans leur famille, alors pourquoi on nous traite comme des objets ?
    Annie est anapath, elle voit les cadavres au stade précédent, ça lui fait tout drôle, elle ne savait pas que la viande ça souffrait, ça pensait et elle va me le montrer en rentrant.
    Becquerel 86, j’ai 43 ans c’est mon anniversaire, fini la vie, on m’ a condamnée et on me le répète tous les jours.
    Je ne connaîtrai de Rouen que cet abattoir mais je ne suis pas qu’un chant opératoire, du grand opéra de la chair avec un truc dedans qui crie.
    Si vous avez peur , ne lisez pas, on a fait des progrès depuis il paraît, enfin si je suis encore un peu en vie c’est parce que j’ai pris la fuite devant la chimio et tout le reste.
    Madame, vous avez un cancer, excusez-vous madame, il a dit ça comme : vous avez un bas qui file
    Désolée docteur si j’avais su, à moi de choisir de vivre ou mourir, lui il a fait son boulot, le ver est dans le fruit, beau fruit.

    J’ai d’abord voulu mourir puis j’ai décidé de laisser faire ou d’essayer de supporter avec ardeur malgré le pronostic vital de deux ans maxi.
    Et j’ai vécu cela toute seule, me levant, me lavant, me tenant aux murs cet hiver lourd de neige autour du pâté de maisons., de l’immeuble.
    J’avais appelé ma fille qui dansait avec Pina Bausch à Bruxelles, « t’es pas encore morte, c’est pas la peine que je vienne », bien sûr ma chérie, danse, danse…
    Le soir de l’anniversaire, une amie de chambre qui m’a donné la sienne m’a maquillée et apporte un gâteau avec du champagne, c’est la première fois de ma vie, quelle aubaine, elle m’a donné son turban, elle ne se fait pas soigner parce qu’elle a de très beaux cheveux longs.
    7 novembre 86, 15h, deuxième chimio, si j’avais su…
    Le couloir est comme le métro aux heures de pointe, femmes enturbannées, maquillées, debout, assises, la mort aux yeux et faisant semblant pour ne pas effrayer les vivants.
    Le salon est devenu dortoir-réfectoire, l’hôtesse est débordée : prenez vos tickets et attendez que les médecins reviennent du restaurant, hilarant, mais on ne rit pas, ça fait vomir.
    On m’octroie la chambre Corot d’où l’on vient d’expulser une pauvre perruque de travers qui attend son taxi au salon. Ouf une niche pour moi, mais est-ce mieux ? je cours partout pour trouver un téléphone, j’en trouve un à moitié cassé, je le traîne partout avec son fil, je suis perdue, je ne veux pas le lâcher, mais qui pourrais-je appeler ?
    Dans cet endroit, les seuls humains sont les malades, elles m’ont beaucoup aidée, adorables et on a ri.
    J’aperçois le docteur C affolé, il ne me voit pas, of course. Je m’assois devant la télé où s’agitent quelques existants normaux, inaudible, je fais du canevas pour la première fois, songeuse et accoudée au balcon des marées.
    Auscultation,, questions, prises de song, on va diminuer la dose, vous a-t-on fait l’ecg ? non et alors
    Vous pouvez partir, pas de globules, revenez la semaine prochaine avec une NFS, vous ne supporteriez pas, parce que je supporte là ?

    Ouf j’y ai encore échappé, je me rhabille pour la énième fois, suante et crevée, je veux mourir, bagages, je pleure, crevée, je m’endors sur mon sac.
    A six heures une porte claque, néons, on me jette un artichaut sur la tablette, je grignote à cause du fer, ridicule, je chiale dans la sauce, ils ont oublié la suite.
    Je regarde dehors, en bas c’est la gare st Lazare, Lazare lève-toi et marche, ronde infernale des ambulances, VSL, voiture sans lit, on arrive avec des tuyaux dans le nez comme des martiens.
    Je laisse mes quatre cheveux chez Corot qui perd sa peinture
    Je vous ai fait une belle cicatrice pour le décolleté
    Merci docteur je vais à la plage justement

    C’est moi qui sais d’où vient la bête, pourquoi, comment et c’est moi qui me suis sauvée, si j’avais su…
    A quoi bon ????

    86-87

    #1748

    amma
    Participant

    Aurore va bien
    elle n’arrive pas à se connecter
    faut dire que c’est pas facile
    on ne sait pas qui est là
    on ne se parle plus
    c’est bizarre
    un forum désert

    #1777

    Charazed
    Participant

    En réalité, je ne trouve pas de mots et je ne sais quoi vous dire.
    Parce que quand on est de l’autre côté de la barrière, on a beau à philosopher : C’est vraiment loin d’être la même chose !
    Le cancer : Ce fameux monstre qui essaie de tout bouffer ! Je me dis : Bon sang, est-ce que ce n’est pas nous qui l’ont créé ? L’Homme a tellement mal modifié son environnement et son alimentation !
    Mais ce qui est plus monstrueux, c’est quand le corps médical, face aux gens qui souffrent de ce mal, reste distant, perdant ainsi leur humanité , et je me dit que la médecine doit bien choisir son personnel, critères non pas basés seulement sur la compétence mais surtout sur l’humanité et le bon tact à agir devant le malade. Certes, ce n’est pas une tâche aisée, mais c’est ce qui rend ce métier noble.
    Amma, le cancer, il est ce qu’il est ; mais vous, vous devez être ce que vous êtes sensée être c’est-à-dire une guerrière, une combattante et non une proie facile au désespoir et d’après vos écrits, je devine que vous l’avez toujours été, Amma. Donc, continuez à l’être, çà vous va si bien ce rôle ! (Oui, un rôle comme sur la scène de vie de Shakespeare).
    Honnêtement, je connais des gens qui ont bien survécu à ce monstre et ceci revient certes au traitement mais aussi à la foi !
    La maladie ne nous condamne pas et la bonne santé ne nous sauve pas : Je le dis par expérience.
    Merci, Amma pour ce vécu qui m’aidera pour mieux visionner certaines choses.
    Bon courage et bonne foi.
    Désolée si j’ai dit quelque chose de mal placée.
    Merci aussi pour les nouvelles d’Aurore !

    #1798

    amma
    Participant

    merci charazed
    non tu ne m’as pas blessée
    oui je dois être une guerrière pour avoir survécu à tout
    et je continue malgré l’adversité et une situation affolante
    oui ma foi m’a aidée ainsi que des médecins anglais par correspondance et le yoga
    en fait on ne saurait présager de rien
    puisque tout peut s’effondrer dans la minute qui vient
    je raconte pour donner d’autres exemples à ceux qui luttent
    chacun souffre à sa mesure
    certains peuvent pleurer pour un bobo
    tandis que d’autres rient avec le cancer
    pas de comparaison
    pas de jugement
    on a tendance à juger le monde à travers notre petit monde à nous
    merci encore ma chère pour ton attention
    je me sens si seule et démunie
    sois bénie

    #1801

    Charazed
    Participant

    « Merci, Amma pour ce vécu qui m’aidera pour mieux visionner certaines choses. »
    Pardon, je voulais dire: » Merci pour ce texte de votre vécu »

    #1803

    Charazed
    Participant

    Amma: Comment peut-on être seule quand on a gagné autant de sympathie et qu’on est beaucoup apprécié d’un peu partout?
    Comment peut-on être démunie quand on est force, volonté, sagesse, résistance,beauté et en plus un splendide poète?

    #1809

    amma
    Participant

    quand tu es vieille et malade
    tu n’as plus personne avec toi
    alors tout ce que tu as fait dans ta vie
    tu as droit à l’action
    mais pas aux fruits de l’action
    mais cela n’arrive pas à tous
    justement la sagesse t’isole du monde
    tu n’as plus de vie sociale
    tu dois quémander sans arrêt
    faire des papiers pour avoir un repas très mauvais que tu paies très cher
    et tout à l’avenant
    alors à quoi bon continuer quand on est de trop et plus utile à personne ?
    tiens j’ai un tas de cartons et de vieilleries dans ma cave et je ne trouve personne pour venir me débarrasser
    c’est le moindre mal
    bonne nuit
    je dois me lever à 6h pour l’infirmière

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