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Auteurs Messages

Jean-Mi
Membre
Messages : 443


Posté à 21h53 le 30 May 20

LA TIRADE DES NÉNÉS
(À la manière de Cyrano de Bergerac – E. Rostand)

Vous avez, vous avez… Heu, de gros nénés.
C'est tout ?...
Mais... Mais...
Ah ! Non ! C’est un peu court fillette !
On pouvait dire... Oh ! Dieu ! Plus accorte affichette.
En variant le ton, par exemple, tenez :
Agressif : "Moi, madame avec de tels nénés
Il faudrait sur-le-champ que je les scindasse !"
Amical : "Plaisent-ils à quelque frais bidasse :
Pendant les permissions s’en fait-il traversins ?"
Descriptif : "Sont-ils pis, pare-chocs, spadassins ?
Que dis-je, spadassins ?... Ils sont d’un gage intense !"
Curieux : "Y-a-t-il en leur coffre laitance ?
Vin généreux, pitance ou sirop à sucer ?"
Gracieux : "Aimez-vous à ce point les lacer
Que maternellement vous vous préoccupâtes
En alcôve d’envies à masser comme pâtes ?"
Truculent : "Ça madame, avec cette rondeur,
Tout marchand de corset se mettrait à l’ardeur
Pour vider son étal et vous faire vitrine !"
Prévenant : "Gardez-vous, que si dense poitrine
S’étale tôt ou tard jusqu’à votre giron !"
Tendre : "Faites-leur faire au balcon d’un baron
De soupirs une couche afin qu’il s’en abreuve !"
Pédant : "Seuls vos tétés, madame, en folle épreuve
Qu’appelle Robertquienveutoujourencor
Dussent gagner bataille enfouissant son cor !"
Cavalier : "Quoi, l’amie, une gorge aussi belle
Sustenterait d’enfants en une ribambelle ?"
Emphatique : "Aux tétons si miséricordieux,
Impossible il devient d’en faire ses adieux !"
Dramatique : "C’est une acropole thébaine !"
Admiratif : "Pour un canapé, quelle aubaine !"
Lyrique : "Est-ce un miracle ou d’église un fronton !"
Naïf : "Ces mamelons, quand les caresse-t-on ?"
Respectueux : "Souffrez madame, en ces mamelles
Qu’on puisse s’adonner sans prendre ses jumelles !"
Campagnard: "Non dé diou, quéqu’tu fais les soirs
Pour p’êt’pas t’étouffer avec tes grands bossoirs ?"
Militaire : "Hissez votre pavillon-gorge !"
Pratique : "Voulez-vous, en santé qui regorge,
Faire don à l’hospice du fruit de vos lolos ?"
Enfin parodiant Aubade en ses solos :
"Les voilà donc ces seins appréciés de tout homme,
J’offre de mes leçons les numéros en somme !"

- Voilà ce qu’à peu près ma chère auriez-vous dit
Si vous aviez un peu de lettres et d'esprit :
Mais d'esprit, ô le plus lamentable des êtres,
Vous n'en eûtes jamais un atome, et de lettres
Vous n'avez que les huit d’envieuse en atout !
Eussiez-vous eu, d’ailleurs, par votre touche-à-tout
Pour n’avoir pauvre verbe en pareille assistance
Me servir qu’un seul mot d’aucune consistance,
Que vous n’en eussiez pas exprimé la moitié
Du quart du début d’un qui serait initié
Car, je les offre à l’amant qui aime la caresse
Mais je ne permets pas qu’une autre les agresse.

©Jean-Mi

THÉBAIN, AINE adj. : Qui est relatif aux deux villes de Thèbes, d'Égypte et de Grèce. Les dynasties thébaines. La légion thébaine, légion chrétienne que les légendes disent avoir subi tout entière le martyre sous Maximien.
SOLO : L'Académie écrit au pluriel des solo ; mais des grammairiens réclament contre cette décision, et demandent qu'on écrive des solos, puisque l'Académie elle-même écrit des duos, des trios.
Quelques-uns disent, au pluriel, des soli : Un tel chantera les soli.


LA TIRADE DU NEZ
(Cyrano de Bergerac – E. Rostand)

Vous avez, heu, heu, un nez… gros !
C'est tout ?...
Mais... Mais…
Ah ! Non ! C’est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire... Oh ! Dieu ! Bien des choses en somme.
En variant le ton, par exemple, tenez :
Agressif : "Moi, monsieur, si j'avais un tel nez
Il faudrait sur-le-champ que je l'amputasse !"
Amical : "Mais il doit tremper dans votre tasse :
Pour boire, faites-vous fabriquer un Hanap !"
Descriptif : "C'est un roc ! C'est un pic ! C'est un cap !
Que dis-je, c'est un cap ?... C'est une péninsule !"
Curieux : "De quoi sert cette oblongue capsule ?
D'écritoire, monsieur, ou de boîte à ciseaux ?"
Gracieux : "Aimez-vous à ce point les oiseaux
Que paternellement vous vous préoccupâtes
De tendre ce perchoir à leurs petites pattes ?"
Truculent : "Ca, monsieur, lorsque vous pétunez,
La vapeur du tabac vous sort-elle du nez
Sans qu'un voisin ne crie au feu de cheminée ?"
Prévenant : "Gardez-vous, votre tête entraînée
Par ce poids, de tomber en avant sur le sol !"
Tendre : "Faites-lui faire un petit parasol
De peur que sa couleur au soleil ne se fane !"
Pédant : "L'animal seul, monsieur, qu'Aristophane
Appelle Hippocampéléphantocamélos
Dut avoir sous le front tant de chair sur tant d'os !"
Cavalier : "Quoi, l'ami, ce croc est à la mode ?
Pour pendre son chapeau, c'est vraiment très commode !"
Emphatique : "Aucun vent ne peut, nez magistral,
T'enrhumer tout entier, excepté le mistral !"
Dramatique : "C'est la mer Rouge quand il saigne !"
Admiratif : "Pour un parfumeur, quelle enseigne !"
Lyrique : "Est-ce une conque, êtes-vous un triton ?"
Naïf : "Ce monument, quand le visite-t-on ?"
Respectueux : "Souffrez, monsieur, qu'on vous salue,
C'est là ce qui s'appelle avoir pignon sur rue !"
Campagnard : "Hé, ardé ! C'est-y un nez ? Nanain !
C’est queuqu'navet géant ou ben queuqu'melon nain !"
Militaire : "Pointez contre cavalerie !"
Pratique : "Voulez-vous le mettre en loterie ?
Assurément, monsieur, ce sera le gros lot !"
Enfin parodiant Pyrame en un sanglot :
"Le voilà donc ce nez qui des traits de son maître
A détruit l'harmonie ! Il en rougit, le traître !"

- Voila ce qu'à peu près, mon cher, vous m'auriez dit
Si vous aviez un peu de lettres et d'esprit :
Mais d'esprit, ô le plus lamentable des êtres,
Vous n'en eûtes jamais un atome, et de lettres
Vous n'avez que les trois qui forment le mot : sot !
Eussiez vous eu, d'ailleurs, l'invention qu'il faut
Pour pouvoir là, devant ces nobles galeries,
Me servir toutes ces folles plaisanteries,
Que vous n'en eussiez pas articulé le quart
De la moitié du commencement d'une, car
Je me les sers moi-même, avec assez de verve,
Mais je ne permets pas qu'un autre me les serve.


Jean-Mi
Membre
Messages : 443


Posté à 16h17 le 18 Jun 20

Bonjour à tous,

Ce poème, ou plus exactement ce pastiche, a déjà une dizaine d’année…
J’aimerai avoir votre avis, votre critique sur cette écriture.
Merci et bonne journée

Jean-Mi


Laugierandre
Membre
Messages : 1413


Posté à 19h52 le 18 Jun 20


Bonsoir JEAN-MI,

Si ce pastiche date d'une dizaine d'années, cela atteste que tes dispositions et ton habileté à broder sur une œuvre célèbre étaient déjà au faîte de cet art de la parodie que tu maîtrises et que tu affectionnes.

Tu sais, je n'ai pas l'habitude de travestir mes sentiments. Mon impartialité m'a toujours poussé à dire ce que je pense. Tout comme je demeure assez pointilleux en ce qui concerne les règles d'une prosodie accomplie, fidèle au système légué par nos illustres prédécesseurs.

Être poète, c'est utiliser les mots de tous les jours dans un poème, mais en les revitalisant. Autrement dit, en les assemblant d'une façon qui n'est pas ordinaire ou attendue. Le fond ne doit pas pouvoir être distingué de la forme : les sons doivent exprimer le sens.

J'ai fait deux lectures de ce pastiche. Une première fois à haute voix, pour en goûter les mots, les sons et les rimes (autrement dit pour l'oreille), et la seconde fois pour estimer "l'envergure" de la trame ainsi que le respect de la forme.

J'ai apprécié l'harmonie et la régularité des mètres. Notamment cette césure franche à l'hémistiche dans la plupart des alexandrins. À souligner aussi l'observance des diérèses qui, malheureusement chez beaucoup de poètes, fait défaut, de nos jours.

J'ai noté également, et avec satisfaction, une ponctuation sobre mais précise, donnant ce que j’appelle de la "respiration" au texte. Une ponctuation négligée peut altérer le sens d'une strophe et détruire un effet.

Voilà, pour mes considérations personnelles. S'il y avait eu matière à critiquer, crois-moi, JEAN-MI, je t'aurais fait part de mes remarques (mais toujours avec gentillesse et sans agressivité).

Pour résumer : DU BEAU TRAVAIL DE PLUME.

Je pense que nos Ami(e)s du forum auront à coeur de lire ce pastiche en te laissant leurs impressions qui, je l'espère, seront aussi égales que les miennes. Ce serait mérité.

Coucou Coucou Coucou Coucou

Très bonne fin de soirée.

ANDRÉ

Salut Salut Salut



Ce message a été édité - le 18-06-2020 à 19:54 par Laugierandre


Tonindulot
Membre
Messages : 2369


Posté à 20h26 le 18 Jun 20

Alors là, je me sens visé... C'est pourquoi je fourre ici mon grain de sel...

Moi aussi, j'ai du nez...et savez-vous pourquoi?

Hé bien quand elle accouchait de moi, le médecin dit à ma ère: "Allez, faites un effort !"

Depuis je traîne néanmoins au premier plan des "Don Juan"..

---------------
Cette bêtise assénée, je viens à mon véritable commentaire:

Il est vrai qu'il faut le lire à voix haute pour en extirper le maximum de plaisir...

C'est un fort beau pastiche (sans flagorNER) comme dirait ANDRE

Coucou




Ce message a été édité - le 18-06-2020 à 20:28 par Tonindulot


Jean-Mi
Membre
Messages : 443


Posté à 10h12 le 21 Jun 20

André,

Merci pour cette longue et chaleureuse appréciation.
Par ailleurs le pastiche me semble assez facile car la trame du poème est déjà inscrite… il suffit de garder le même rythme et la même ponctuation.
Merci encore pour tout ce temps passé au pied de mon poème.

Jean-Mi Salut


Jim
Membre
Messages : 1536


Posté à 21h09 le 21 Jun 20

Salut, Jean-Mi ! Celui qui rit te salue ! Il me semblait l'avoir déjà lu quelque part... Le temps ne fait rien à l'affaire, toujours beau, jeune et svelte, l'esprit vif comme un épi, gourmand de soleil ! Sourire


Jean-Mi
Membre
Messages : 443


Posté à 17h57 le 22 Jun 20

Tonindulot,

Et encore tu t’en tires bien car en général il faut faire plusieurs nezforts avant d’accoucher !!!

Oui tu as raison il faut le lire à voix haute pour en mesurer son intensité… comme Gérard Depardieu dans Cyrano que je trouve magistral.
Jean-Mi


Jean-Mi
Membre
Messages : 443


Posté à 18h08 le 22 Jun 20

Salut Jim,
Oui j’ai écrit ce poème en Août 2009 et l’ai très probablement déposé en ces temps reculés.
J’ai écrit ce même mois un autre pastiche « la tirade de la crotte de nez ».

Heureux de te retrouver.
Jean-Mi


Oxalys
Modérateur
Messages : 2417


Posté à 11h14 le 23 Jun 20

Ah ça, par mes deux, c’est bien tourné ! J’en ris à gorge déployée !
Mais diantre, serais-je la seule femme, en cette docte assemblée, à vous apporter mon ferme soutien ? Bravo pour cet éloge débridé au galbe féminin, qui de tous temps inspira les artistes : depuis l’homme des cavernes avec ses Vénus tétonnières, jusqu’aux couturiers des temps modernes, préférant les poitrines garçonnières...

Bravo, chapeau bas (je garde le haut, ne m'en voulez pas...)

Salut


Jean-Mi
Membre
Messages : 443


Posté à 12h17 le 24 Jun 20

Merci Oxalys,

Ah ! vous êtes Madame en effet la première,
Et sachez j’apprécie votre ferme soutien
De votre gorge au loin sera une lumière
Aux timides Vénus fières de leur maintien !

Jean-Mi




Ce message a été édité - le 24-06-2020 à 19:11 par Jean-Mi


Jim
Membre
Messages : 1536


Posté à 18h19 le 24 Jun 20

Je partage cet avis de lire ce texte à voix haute. C'est d'ailleurs à toutes les formes d'écriture que cela s'adresse. On écrit pour l'oreille in fine, pas pour l’œil. L’œil accueille l'information que l'interprète met à sa sauce avant de la restituer par la voix. Plaisir de dire, de sculpter les mots, de scander le souffle, de se prendre pour un saxophone articulant. Mais le texte vibre en soi avant son envoi, nous sommes des caisses de résonance; souffler comme un saxo, vibrer comme une guitare, porter, varier, comme un orgue, scander comme une batterie, le "beat" d'Ella Fitzgerald, l'inflexion de Billie Holiday. Le chant, on le trouve donc tant dans la prose que le vers, le verset, le psaume, et bien sûr, le théâtre ! Même sans comprendre l'anglais, on est saisi par les sorcières qui ouvrent Macbeth, réentendre le film de Wells, par un sonnet dit par Alan Rickman. Que dire de la musique d'un poème de Lorca, même si on n'est pas hispanisant !
N'ayant pas peur du ridicule - qui ne tue pas, l'expérience le prouve chaque jour -, n'étant ni Depardieu ni Sorano, je me suis risqué à ma propre interprétation de ton pastiche, qu'il me faudra déposer afin de t'entendre rire... Tout cela est très sérieux ! Sourire



Ce message a été édité - le 24-06-2020 à 18:28 par Jim


Jean-Mi
Membre
Messages : 443


Posté à 19h13 le 24 Jun 20

OUI Jim, la lecture à voix haute est un exercice incroyablement efficace (et agréable) pour bien appréhender une poésie de quelque forme que ce soit.
Que veux-tu dire par : « je me suis risqué à ma propre interprétation de ton pastiche, qu'il me faudra déposer afin de t'entendre rire... Tout cela est très sérieux ! »
Et comme je le disais précédemment j’ai écrit un même pastiche de Cyrano avec la « Tirade de la crotte de nez » !!!
Bienheureux de te retrouver.
Jean-Mi


Jim
Membre
Messages : 1536


Posté à 01h42 le 26 Jun 20

Tends l'oreille de ce côté là, en espérant t'amuser... Mdr
Lien internet



Ce message a été édité - le 26-06-2020 à 01:44 par Jim


Jean-Mi
Membre
Messages : 443


Posté à 14h54 le 26 Jun 20

Jim,

J’ai écouté et j’ai bien ri.
Merci pour ce travail musical.
Jean-Mi Mdr


Opus
Membre
Messages : 2


Posté à 09h44 le 03 Jul 20

Excellent !

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