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Ancienmembre [25/04/18 10:42]
Deuxième Chant de l’Enfer de Dante (libre adaptation par Licorne)

Le jour déclinait et l’ombre du soir
délivrait les hommes qui sont sur terre
de leur labeur, moi seul excepté, qui

me préparais à subir les épreuves
du chemin et celles de la pitié
que contera fidèle ma mémoire.

Ô Muses, inspiratrices, aidez-moi donc.
Mémoire, qui notas ce que je vis
c‘est ici qu’apparaîtra ta grandeur.

Je commençai : « Poète qui me guides,
avant d’entamer ce passage ardu,
vois ma valeur si elle est assez grande.

Tu dis qu’Enée, de Silvius le père,
en lieu éternel, encore vivant
se rendit aux Enfers, réellement.

Mais si Dieu, l’adversaire de tout mal,
lui fut propice, l’homme intelligent,
songeant aux grandes choses qui viendraient

de lui, admettra qu’il fut, dans la haute
sphère céleste, nommé fondateur
de l’auguste Rome et de son Empire.

Laquelle Rome, tout comme l’Empire,
furent basés pour être le lieu saint
siège des Papes successeurs de Pierre.

Durant ce voyage que tu chantes
il ouït des choses dont découlèrent
sa victoire puis le siège papal.

Par la suite s’y rendit Paul de Tarse
pour en apporter renfort à la foi
seul fondement de la voie du salut.

Mais moi, pourquoi irais-je ? Grâce à qui ?
Je ne suis pas Enée, ni Paul non plus ;
nul ne me croira digne de cela.

Parce que si j’accepte de venir
je crains que ma venue ne soit folie.
Tu es sage et m’entends mieux que moi-même ».

Et tel qui renonce à ce qu’il voulut
et par nouveaux desseins change d’avis,
tout élimine depuis le début,

ainsi me fis-je en cet obscur versant,
par la pensée je ruinai l’entreprise
qui commençait pourtant si promptement.

« Si j’ai dès lors bien compris tes paroles »
répondit l’ombre du noble poète
« Ton âme est affectée de lâcheté,

laquelle bien souvent encombre l’homme
et le détourne d’un louable projet
comme le cheval se cabrant d’une ombre.

Pour que de cette crainte tu sois quitte
voilà pourquoi je vins et ce que j’ouïs
quand au début je m’inquiétai pour toi.

J’étais parmi ceux qui sont en suspens,
Béatrice m’appela, bienheureuse,
si belle que je me mis à ses ordres.

Ses yeux luisaient bien plus que des étoiles
et m’adressant son angélique voix
elle me dit d’un parler simple et doux :

« Âme aimable et courtoise de Mantoue,
dont la renommée dure ce jour encore
et durera tant que vivra le monde,

mon ami, victime d’adversité,
sur la pente déserte est empêché
de passer et par peur il se détourne.

De ce qu’on a dit de lui dans le ciel,
je crains avoir trop tardé à courir
à son secours et qu’il soit égaré.

Or va et l’aide de ton verbe orné
et fais ce qui convent à son salut
afin que j’en sois par toi rassurée.

Je suis Béatrice, qui lors t’envoie
je viens d’un lieu qu’on quitte à contrecoeur
amour me motive et me fait parler.

Lorsque je serai devant mon Seigneur,
je me louerai de toi souvent à Lui ».
Lors elle se tut et je commençai :

« Ô femme dont par la seule vertu
l’espèce humaine s’élève au-dessus
du cercle qui entoure cette Terre,

Ton commandement tant m’est agréable
que déjà il me tarde d’obéir
point n’est besoin d’en dire davantage.

Mais dis-moi donc pourquoi tu ne redoutes
de descendre ici en bas dans ce cercle 
de là-haut, où de remonter tu brûles ».

« Puisque tu veux en savoir davantage,
je te dirai en bref » répondit-elle
« pourquoi je ne crains pas d’ici venir.

On ne doit appréhender que les choses
qui ont le pouvoir de faire du mal
non les autres, qui ne sont pas terribles.

Par sa grâce m’a ainsi faite Dieu
telle que votre peine ne m’atteint
ni ne m’assaille le feu de ce lieu.

La sublime reine du ciel s’émeut
de cet empêchement où je t’envoie
tant qu’elle a adouci ton jugement.

Elle appela Lucie en sa présence
et lui dit « Or ton fidèle a besoin
de toi et à toi je le recommande »

Lucie, l’ennemie de tous les méchants,
s’en vint à l’endroit où j’étais assise
à côté de Rachel la vénérable.

Et dit : « Béatrice, gloire de Dieu,
va secourir celui qui t’aima tant
qu’il se hissa au-dessus du commun.

N’entends-tu pas l’angoisse de ses pleurs ?
Ne vois-tu pas qu’il affronte la mort
comme sur fleuve en crue défiant la mer ? »

Jamais on ne vit gens aussi rapides
à faire leur gain ou à fuir leur perte,
que moi après telles exhortations.

Je vins là-bas descendant de mon siège
comptant sur ton discours vertueux et sage
qui t’honore et ceux qui l’ont entendu »

Après qu’elle m’eut expliqué cela,
elle tourna ses yeux brillants de larmes
ce qui me fit venir d’autant plus vite.

Je vins à toi comme elle le voulut,
et te retirai de devant ce fauve
qui te bloquait le chemin du bel mont.

Donc, qu’y a t-il ? Pourquoi, pourquoi hésiter?
Pourquoi tant de lâcheté dans ton coeur,
pourquoi n’as-tu pas hardiesse et courage,

puisque trois femmes bénies entre toutes
prennent soin de toi dans la cour du ciel
et mon discours te promet tant de bien ?»

Ainsi que les petites fleurs fermées
par le gel nocturne, au soleil levant
se dressent sur leur tige puis éclosent,

ainsi je fis de ma vertu lassée,
une nouvelle ardeur me vint au coeur
et je commençai avec hardiesse :

« Oh qui me secourut compatissante !
Et toi gentil qui sitôt obéis
aux paroles franches qu’elle te dit.

Tu m’as tellement disposé le coeur
à venir avec tes belles paroles
que j’en suis revenu à mon projet.

Allons donc, d’une seule volonté,
toi le guide, le seigneur et le maître »
Ainsi lui dis-je et dès qu’il avança,
j’entrai dans le chemin sombre et sylvestre.