Giboulées

Il y a dans l'air déjà
Une douceur, une grâce
Où jour après jour s'efface
L'hiver qui sommeillait là.

Le soleil flâne au jardin
Ourlé de brumes subtiles,
Au gré des senteurs fragiles
Et des oiseaux du matin.

Le temps semble s'être assis
Sous la brise qui apporte
Jusqu'en l'ombre de la porte
Un frisson tiède et surpris.

Or, voici que s'épaissit
Brusquement ce ciel paisible
Et qu'accourt, imprévisible,
L'infini, vite assombri.

Voici que soudain le vent,
Venu du fond des nuées,
S'abat sur les fleurs couchées
Dans sa hâte de dément.

Et voici que tout-à-coup
Une pluie froide et cinglante
Gifle la tige tremblante
Dans un emportement fou.

La grêle, même, parfois,
Et quelquefois le tonnerre
Frappent de stupeur la terre
Et les chemins aux abois.

Puis s'élève l'horizon
Et se retire l'averse
Que déjà au loin transperce
L'arc-en-ciel pur et profond.

Alors, jaillis des ruisseaux
En leurs reflets éphémères
Et des branches tutélaires,
Eclatent les chants d'oiseaux.

Mais là-bas monte déjà
Le gris acier de l'espace,
Et l'effroi saisit la grâce
Du pétale entrouvert là ...




Ecrit par Ombrefeuille
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