Le poète minuscule

Au détour d'une virgule,
Il vient d'écrire des mots
Qu'il trouve gauches, patauds ...
Il se sent lourd, ridicule,
Et suspend soudain son geste,
Car voici que le secret
D'un pantoum ou d'un sonnet
Le fuit, se cabre et proteste !

Il sent monter le vertige
De la page nue où luit
L'œil vorace de la nuit ...
Sa pensée tremble et se fige
Devant ce qu'il voudrait dire
Et ce gouffre de fadeur
Où toute image se meurt,
Où le vide a son empire.

Il songe aux Aînés, aux Maîtres,
Qui ont autrefois gravé,
Taillé, sculpté, ciselé
Ces perles des Belles-Lettres,
Ces alexandrins sublimes,
Larges, profonds et puissants,
Où roulaient en flots constants
De majestueuses rimes ...

Son désert le hante et l'use,
Il se sait si maladroit
Et craint de perdre la foi
En son Etoile, en sa Muse.
Tout se refuse à son rêve,
Ses mots sont déjà fanés
Au bout de ses doigts crispés,
Tout semble sec et sans sève.

En son âme, pourtant, veille
Un souffle né du lointain,
Car c'est au bord du matin
Que la brume s'émerveille ...
Le poète minuscule
Reprend la plume et saisit
A la pointe de l'esprit
La Poésie Majuscule ...


Tranche de vécu ...<br />
et ce plus d'une fois !<br />
Quelle idée, aussi, me tient,<br />
de prétendre côtoyer les Grands !!!


Ecrit par Ombrefeuille
Tous droits réservés ©
Lespoetes.net