Le Peuple des arts détruits

Où êtes-vous, vieux ateliers d’antan
Qui donniez grandeur aux anciens villages ?
En nul pays ne survit à présent
L’art inouï de vos précieux ouvrages.

Où êtes-vous cordonniers, rémouleurs
Dentellières, lavandières, potiers
Charrons, forgerons, chapeliers, bouilleurs*
Sabotiers, meuniers et autres vanniers…

On entendait galoper dans les rues
Scier, grincer, cogner dans les échoppes
Quand cheminaient au lavoir, en fichus,
Femmes vaillantes, baquets aux épaules.

Les jeunes entraient en compagnonnage
Aux flancs experts de maîtres artisans,
Ils souffraient, peut-être, en leur jeune âge
Mais point d’oisiveté, loin en ces temps.

L’autarcie, pauvre, était chaleureuse,
L’entraide spontanée, valeur commune
Quand désormais d’une moue dédaigneuse,
Du paysan on n’a d’estime aucune.

La campagne aujourd’hui combien est seule,
Mordue de machines rongeant les champs
Semant et moissonnant en grandes meules
Le foin jadis qu’occupait tant de gens.

Depuis si longtemps déjà la cadence
N’est plus celle tranquille des saisons,
Guidée, avant tout, par la permanence
De gras profits en toute production.

Où êtes-vous, peuple des arts détruits,
Qui couvraient de noblesse les villages ?
En tant de terroirs, ne restent blottis
Que de rares vestiges, triste hommage.

Mais moi qui suis de votre humble lignée,
Par mes grands-parents qu’obligeaient la terre,
J’ose vous dire l’immense fierté
D’être de vous un fruit, droit et sincère.


* Autrefois le bouilleur était celui qui, traînant son alambic de village en village, transformait les fruits fermentés en alcool.

Ecrit par Fregat
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