Le Temps

Il galope, il va de l'avant,
Son regard fou sous les œillères
Jamais ne se tourne en arrière
Ce crack n'a pas de poursuivants

Arrachant des mottes de terre
Le cou tendu et l’œil rivé
Au fil du poteau d’arrivée
Il vole dessus la rivière

A-t-il rompu son avaloire ?
Casaque blême et toque noire
Il émiette sous ses sabots
Le bien, le mal, le laid, le beau.

Et les hommes, ces paltoquets
Mille vieillards et leurs femelles
Crient, quand surgit dans leurs jumelles
Ce cheval sans mors, sans jockey :

« Fais-nous fuir l’ennui du haras !
Meurtris nos flancs de tes talons !
Emballe-nous, mets des hourrahs
En nos destins, fol étalon ! »

Et tous supplient pour leur jeunesse :
« Que notre dos se tienne droit !
Que ton bât nos vieux os ne blesse !
Qu’en nos moelles n’entre le froid ! »

« Omets la ride car c’est laid !
Multiplie nos moments de liesse !
Vieillis nos vins, mais s’il te plaît
Réveille nos primes ivresses ! »

Le Temps file à bride abattue
Noir sabot sonnant à toute heure
Manège où l’on rit, où l’on pleure
Tant que la musique n’est tue.

Ô, ma vie, cheval de labour
Qui peine à tracer son sillon
A hue ! A dia ! Tant mieux si on
Ne perçoit le compte à rebours.

Ne t'effarouche, percheron,
Garde ton pas paisible et sûr
Reste maître de tes allures
Malgré le fouet ou l'éperon.




Ecrit par Gkak
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