A lire la peur dans les yeux des images


À lire la peur dans les yeux des images,
À respirer la poisse aux mamelons des nuits,
À survivre aux loups à toute heure du jour,

À chanter à tue-tête des psaumes imprononçables,
À rester droit toujours aux piliers de la Terre,
À tenir tête aux échos de tous les bruits d’étreintes,
À caresser les choses qui échappent des mains,
Faire de la poésie à longueur de rivières,
À pousser des coups de gueule aux portes des enfers,
À donner la parole à ceux que j’accompagne,
À accueillir mes frères avec tous leurs trésors,
À tenir la lumière allumée dans les limbes,
À porter secours à fleur de sentiments,
À jouer du piano sur les notes de l’âme,
À vous écouter dire que la vie ne vaut rien,
À apprendre les mots qui donnent du bonheur,
À préserver l’empreinte, des anges et des absents
(…)

À consoler, encourager, le long des chemins,
À sourire à la joie, à respirer la vie,
À chanter ritournelles à mes petits enfants,
À sécher les larmes à la chaleur du souffle,
À manger des nouilles sautées
Sur des mines trop cruelles,
À faire de « la parole » mon banquet quotidien,
À porter des guenilles pour cacher tant de honte,
À trop avoir si peu d’amour à donner en partage,
À sculpter yeux bandés des cathédrales de chair,
À me mêler les pinceaux aux tubes des étoiles,
À me moucher d’orgueil aux pochettes des nuages,
À dire des gros mots qu’on regrette toute sa vie,
À me gausser d’orgueil au lit des hébétudes,
À faire ma sieste au creux des léthargies,
(…)
J’apprends à devenir, plutôt qu’à exister ; être au vent, à la mer, au ciel à la marée. En vérité, descendre aussi au-dedans de moi-même, là où pointe l’éclat, où le royaume est Roi.

J’apprends à explorer des sources inépuisables, où habitent les bêtes, les hommes et même les dieux.

J’apprends à empoigner, à plein corps, la vie, la chance qui est donnée à chacune à chacun. La vie du bon coté pour rattraper le temps qui glisse à à son verso.

J’apprends à perdre haleine, au cœur de l’événement, à harponner la vague, avec mes mains fiévreuses, à m’ouvrir au présent, à l’autre et au Tout Autre.

Accueillant la vie pleine, comme elle va, comme elle vient ; et puis jour après jour selon son doux refrain, sans trop me saisir de ce que sera demain, sans peur et sans reproche, apprendre à laisser la vie être vie en moi, à laisser l’amour, être l’amour en moi (…) Sans se faire violence, sans se lasser des faits, des couplets, des refrains, de tous ces petits riens qui font tout le bonheur : les doutes, les cruautés, les échecs, les blessures, comme une chère abondance coulant dans la nature.

À pleines mains applaudir l’aujourd’hui, rendre grâce de l’aurore et louer le crépuscule.

(…) Fragment



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Roland <br />
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Ecrit par Reumond
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