Le chapeau d'Eglantine



Il y avait des rubans, roses, bleus et violets,
Au chapeau du dimanche de ma tante Eglantine,
Des rubans de satin, au lustre patiné,
Qui la suivaient partout, de vêpres à matines.

Il y avait des iris, du lilas, des bleuets,
Sur la paille fanée du chapeau d'Eglantine,
Fleurs de soie ridicules, aux formes surannées,
Qui faisaient notre joie, moqueries enfantines.

Il y avait aussi un oiseau empaillé,
Perché sur le rebord du chapeau d'Eglantine,
Canari poussiéreux et pour toujours muet,
Niché parmi les fleurs et les rubans violines.

Il y avait des chagrins, des rêves embrumés,
Des horizons éteints dans les yeux d'Eglantine,
Des promesses d'un jour, des baisers enivrés,
Des amours saccagées par la guerre assassine.

Des fleurs de soie flétrie, trois rubans dénoués,
Il ne restait que ça du bonheur d'Eglantine ;
Seul un oiseau, parfois, survivant du passé,
Lui sifflait à l'oreille sa mélodie câline.

Il y avait pourtant des trésors bien celés
Dans le cœur déserté de ma tante Eglantine,
Elle volait pour moi confiture ou gelée
Lorsque j'avais léché le beurre de mes tartines…

Du temps de mes dix ans je garde le regret,
Fiché, au bord de l'âme, comme blessure d'épine,
D'avoir souvent raillé, ignorant leur secret,
Les fleurs et les rubans du chapeau d'Eglantine.






Ecrit par Sucre et sel
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