Messire Hiver

Oyez comment l'hiver
S'en vint en ma demeure
Et comment, songe clair,
Il disparut sur l'heure.

* * * *

Messire Hiver en mon jardin
A revêtu riche parure :
Voile posé sur le chemin,
Neige tombée sans un murmure,
Source gelée au rocher creux,
Branches brisées, vaste silence,
Oiseaux tremblants au vol frileux,
Qui vont chercher maigre pitance.

Messire Hiver s'en vient frapper
Au bois revêche de ma porte :
"Ouvrez, dit-il, par charité !
Le vent qui hurle et court m'emporte ...
Aussi sous votre toit pourrai
Adoucir un peu mon grand âge,
Et chez vous me reposerai
De ces frimas qui sont ma cage."

"Entrez, Messire ! Entrez, ami !
En ma demeure humble et modeste
Vous trouverez bon feu, bon lit,
Et si assez de voix vous reste,
Vieilles légendes narrerez,
Lais et rondeaux, chansons et fables,
Sonnets et ballades lirez,
Et rimerez vers ineffables."

Messire Hiver, au lourd manteau
Tout rebrodé de brume grise,
S'incline fort sous mon linteau,
Main sur le coeur, ô grâce exquise ...
Passent jours brefs et longues nuits,
Passent loups en meutes lointaines,
Passe la lune au fond du puits,
Passent plaintes et sombres plaines ...

Or, ce matin, n'est plus assis
Messire Hiver auprès de l'âtre,
Il est allé par les taillis
Et par les champs nouveaux s'ébattre.
Là, sur le sol, rayons dansants,
D'un bon soleil la clarté pure,
Prime caresse du printemps,
Ont bouté hors triste froidure !

* * * *

Ainsi s'en vint l'hiver
Au fond de ma demeure
Et ainsi, songe clair,
Il s'effaça sur l'heure.




Ecrit par Ombrefeuille
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