Louchette à la lune.

La maison crachait comme un chat
Toute sa lumière sur les lueurs sanguines
S’abattant sur l’Adour mauve d’encre.
A l’heure où le chien se fait loup
À croupetons, je restai sur le balcon,
Occupée pensive à entendre la nuit traîner
Le crépuscule sur l’agitation du monde.

D’un coup, le hibou hua la tombée du jour.
Arlequin frissonna sous son manteau
Les chauves-souris levèrent
Le rideau sur les secrets nocturnes.
Une main sur mon cou, un baiser sur mes cheveux :
« Ecoute là Ténébreux, mon prince,
Sous la feuillée, recueilli sur mon sein ! »
Louchette, la pauvrette en effet se lamentait
Emplissant l’étang de ses peines confiées.
Dans le miroir d’eau griffé de sphaignes,
La lune était sa confidente, la nuit son amie
Posa sur ses épaules un voile de vergogne.
Le cœur humide de Louchette cognait, cognait, cognait.
L’écho fidèle à la moquerie répétait à l’envi :
« Grand Bond, mon anoure,
Ta Reinette se meurt de ta cruelle absence.
Ton abandon n’a aucun sens,
La nature chantait ta beauté, ô beauté, Empire en boule niché dans mon goitre.
Tes callosités nuptiales à mes saillies, arc-boutées
Noyant nos jeux érotiques dans la vase,
Ta peau sentant l’eau croupie et la pourriture de l’automne.
Cette coquetterie globuleuse
De cuivre soufré et vermiculé de suie.
J’inonde de mes pleurs, ta beauté décampée
Pour une hideuse voleuse d’amant.
Le trait baveux qui déchirait admirable ta face fuyante
Se resserra d’un cloaque sur un honteux baiser humain.
Tes cuisses s’allongèrent en brindilles
Rosées, couleur d’orage,
Tes charmantes pustules s’évanouirent
En peau de chagrin.
Ô Grand Bond, mon anoure,
Ô beauté crapaudine
A nulle pareille, comparable,
J’abandonne la place… et meurt sur la grève

S’en fut ainsi jusqu’à l’aube
La sérénade d’une grenouille.
Au matin, ne restait de Prince Ténébreux
Que l’oreiller défoncé par le souvenir
D’une main caressante, d’un visage doux
Chevillé sur une farandole de muscles
Frais comme une randonnée sur la montagne.

Ami, que tu sois Prince ou crapaud,
Volage ou poussière devenue
Il y aura toujours un œil
Pour glorifier ta beauté,
Beauté défunte, beauté d’anoure.




Ecrit par Ann
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