Mon patriarche

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Dans ce patois d'ici, qu'on ne parle plus guère,
Tu nous dis que la mort a omis ton destin,
Te gratifiant du temps, que tu passas naguère,
Quant tu étais charron et clouais le sapin.

Et tu vas, trottinant, aux petites besognes,
Avec ce point d'honneur qu'est ton indépendance,
T'accommodant au mieux, de tes vieilles guiboles,
De tes yeux fatigués et du déclin des sens.

Posé sur le buffet, ton histoire encadrée,
Photo de ta tribu, générations mêlées,
Dont tu es le pilier, le grand chêne entouré,
Par dix branches portant de nombreuses lignées.

Aujourd'hui, tu es fier, voilà le cinquantième
Des arrières-petits qui vient de voir le jour.
Emerveillé toujours, malgré qu'il soit ixième,
Du cadeau de la vie qui s'égraine d'amour.

Tu entonnes pour nous, la Madelon, les blosses*,
Nous offrant gaiement ta voix tel un trésor.
Si tu savais pépère, ton sourire est ma force.
Tu fêtes 103 ans..et tu chantes encore.

Puis quand descend la nuit, tu t'allonges sans peur,
Le devoir accomplit d'une fervente ardeur,
Car tant qu'il cognera, tant que pousse le blé,
Ton vieux coeur sèmera l'éclat de ta bonté...


* blosses = prunes ( en patois d'chu nous )




Ecrit par MYOSOTIS
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