Le tigre

Les ombres des bambous lacèrent les sous-bois
Un souffle d’air se perd au fond de ces forêts
Ce n’est qu’une antilope qui s’approche et qui boit
Dans une frêle flaque qui bientôt disparait

Le gracile animal dresse un instant sa tête
Dont le port altier domine les buissons
La robe frémissante, en alerte, la bête
Epie les mouvements, s’inquiète du moindre son

Rassurée, si peut l’être cette fragile danseuse
Pour un très court instant pourtant, elle se détourne
Vers des pousses si vertes et tendres, délicieuses
Quand soudain, elle tressaille, indécise, le vent tourne

Il apporte en bouffées, toutes en fragrances chaudes
L’humus et la vanille, le jasmin, les asters
Mais derrière cet écran, une odeur acre rôde
Les effluves musquées du seigneur de ces terres

Un bond lourd et pourtant on jurerait qu’il vole
Au dessus des fourrés pour tomber sur sa proie
L’antilope a compris, trop tard, elle s’affole
C’est fini, il s’abat sur elle et la broie

Dans les villages indiens qui bordent son royaume
On raconte qu’après, il se remet debout
La gueule ensanglantée, il redevient fantôme
Et ses rayures noires, les ombres des bambous


Gao T. Kanth




Ecrit par Kanth
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