L’isle-aux-grues et son peintre

Des roseaux trop ambivalents
En cette journée de grands vents
Rempart dressé par la nature
Comme une longue chevelure

Venant de loin, le vent se dresse
Un nordet vif et sans caresse
Vigueur et fraicheur au menu
Il n’est jamais le bienvenu

Loin des battures, ce manoir
Aux allures de sanctuaire
On entend parfois son heurtoir
Car riche d’un calme exemplaire

Près du manoir, des tournesols
Va-et-vient, cherchant leurs boussoles
Arrivée de par les collines,
Un havre pour la paruline

Un peintre s’affaire sciemment
Mouvements figeant le moment
Pinceaux construisant leurs chemins
Ébauche animée par sa main

Radieuses entre deux parenthèses
Des lueurs nocturnes s’invitent
Un papillon-lune en visite
Riopelle admirant la braise

Il a compris qu’il valait mieux
S’éloigner pour mieux s’approcher
Vivre sa passion, ce qu’il est
Ce peintre avait fait sien ce lieu
Une source où il s’abreuvait
Une terre pour décrocher

Moi, je débarque dans son monde
Des vagues répétées m’inondent
Cette ile à présent orpheline
Où sont passées les corallines ?

Moi, j’entre dans son univers
Un legs opulent qui perdure
Souvenirs d’odeurs insulaires
Toiles éternelles sans censure

Couleurs asséchées sur le sol
Son atelier captif du temps
Cet homme devenu absent
Somme toute, a pris son envol


En hommage à Jean-Paul Riopelle, peintre

Ecrit par Lolo
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