Désert


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Dans le désert, les nuits sont froides
J’apprivoise des mots
rétifs
à mes extrêmes
Déjà je ne suis plus
que chiffon en carême

J’appelle mimosa, miel, brise, mousse
clapotis de ruisseau
J’en ressens
la fraîcheur, le moelleux, l’odorant, le goûteux
mais...
j’appelle amour, passion, tendresse, ivresse
je n’entends que des sons
rétractés
dans la bouche
creusés
ricochets d’antiques houles
fantômes abstraits
rebondissant
en pirouettes tristes
sur la margelle crayeuse
d’un puits sans fond

Des mots
rien que des mots
vides
vertigineux
qui
lettre à lettre
s’encolimaçonnent
s’entirebouchonnent
se recroquescamotent
au-delà du possible
sous la voûte
d’une mémoire cornée
Des mots
qui ont roussi
leurs ailes parfumées
au brasier verglacé du désamour
cynique
Des mots
qui ont pincé des lèvres
découpées au scalpel
dans la chair des baisers
uniques


A trop marcher pieds nus sur la banquise
le coeur s’enrhume
s’engrelotte
sanglote
A n’être caressé qu’avec un pain de glace
l’épiderme se pique
s’enkyste
s’enrugosille
hérisson d’escarboucle

Je cherche en vain la courbe
lors que les angles s’incrustent
Dans chaque perle d’eau
mes yeux quêtent le prisme
décoloré
par le gris des années
Je suivrais bien la mort
au sillon infini
si de sa peau fusaient
les mains d’un chaud geyser
mais...

Je vis en désert
oh ! que les nuits sont froides !






Ecrit par Alby
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