Portrait

La brune Esmeralda fut mon premier amour,
Elle avait vingt-cinq ans, j'en avais seize à peine,
Ses cheveux dénoués faisaient pâlir le jour,
Elle embrasa ma chair, puis m'écarta, hautaine.

Lors j'enlaçai Frida, blonde telle un nuage,
Elle m'étonna fort, d'elle encore j'appris,
Et ses épaules nues dansaient comme un rivage
Que la houle dérobe en un puissant roulis.

Pour les lèvres d'Iris, ô nectar envoûté,
J'eusse donné cent fois mes rêves, mes ivresses ;
Entre elles je puisai la langueur de l'été,
Et ce souffle immobile, et ces lentes caresses ...

Aux jambes de Linda, fines, souples, nacrées,
Je me suis étourdi, je me suis endormi,
Je me suis réveillé, sous les palmes bercées
Par la brise ... L'oiseau avait quitté le nid.

Rose s'offrit à moi une nuit, mais déjà
Les longs bras de Laura s'enroulaient à mon âme ;
Ses seins étaient si ronds, son ventre était si ... ah !...
Que j'en conserve un dard, une secrète flamme.

Vieillissant, je croisai cette belle inconnue
Dont les yeux parés d'ombre étaient comme soupirs ;
Je ne l'ai point touchée, je ne l'ai point tenue
Serrée contre mon torse au jardin des plaisirs ...

Je vis seul. Et j'ai fait, à l'abri des regards,
Un portrait de la Femme idéale, impossible,
Mêlant bras, jambes, seins, lèvres, cheveux épars,
En un collage fou, brut, incompréhensible.

Souvent je m'assieds là, face à ces cicatrices
De mes frasques passées, et soudain je crois voir
Les yeux de l'inconnue m'ouvrir sans artifices
Le fond de mon visage, ainsi qu'en un miroir ...




Une écriture à contre-emploi ...
J'ai beaucoup aimé cet exercice :)


Ecrit par Ombrefeuille
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