Embarquement pour New-York

La manœuvre achevée
L'immense carnassier de ses milles rivets
Frémit quand son squelette
Fendant l'eau se déleste
Jouant de sa sirène en sortant du grand port.
L'illustre musicien fait face au vent du nord,
Sa silhouette fragile,
Dans la fumée gracile
D'une gauloise brune agressant ses poumons,
Sournoise maladie, douloureux goémon.

Il a froid, se sent nu.

Au premier roulement de la houle
Impérieux, le France, qui se soûle
D'une force insatiable et la foule
En son ventre cloîtrée
Mais bercée, vibrato, profondeur,
La machine, en écho la chaleur
De la lampe éclairant la moiteur.

Un instant, lit Conrad.

Le sommeil en ses bras le berçant,
Au matin le réveil angoissant,
Il émerge ahuri, pâlissant.
Maintenant sur le pont
Le soleil luit timide et Éole
Fraîchit l'air de son souffle en corolle ;
Les embruns sur la mer caracolent.

New-York et le succès.


D'après l'évocation de Ravel par Jean Echenoz.

Ecrit par Saintes
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