L'étroit défilé

Zeus

Il te faudra choisir, soit tu protèges Thèbes,
Soit, ainsi que tu fis avec ce jeune éphèbe,
Tu t'amuses. Ainsi je donne jugement.
L'oracle, dont l'obscurité jamais ne ment,
Attend, pour t'esquiver, ta consultation ;
Aucun humain ne peut braver mon action.

Laïos

Dans ton brouillard, Pythie, dis-moi ce que tu vois ?
Quelle chose insensée peut menacer un roi ?

Pythie

Soit de Jocaste tu n'auras de successeur,
Et ta cité prospérera, soit de son lit,
Cet enfant, dont ta mort sera le grand délit,
Sur Thèb' attirera bien d'horribles malheurs.

Chœur

De la terre il naquit, de ces dents que Cadmos
Autour de lui jeta, de ces dents du dragon !
Sans savoir, mettra bas son père hors du fourgon ;
Il n'est pas Zeus, il n'est que le fils de Laïos.

Pythie

Pour venger Chrysippos, Héra, dans sa colère,
Au Sphinx demandera de ne laisser passer,
Afin de s'opposer aux bontés de son père,
Que ceux des voyageurs, à l'énigme posée,
Donnant juste répons dont la mort est le prix.
Qui sait si, dans sa ruse, Héra ne se méprit ?

Laïos

Sous mon ivresse, elle abusa de ma puissance ;
Au flot fougueux du fleuve Styx, j'abandonnais,
Celui duquel je ne voulais de descendance,
Que le destin ignorerait lors qu'il fût né.

Chœur

Périboa, de Polybos épouse et reine
De Corinthe, accueillit l'enfant dans son pagner.
En sagesse grandit et fut accompagné
De ce sincère amour qui rend la vie sereine.
Œdipe ne savait que ceux-là qu'il aimait ;
Il ignorait ce que l'humeur des dieux tramait.
A Delphes s'en alla dans le but de savoir :
Le destin attachait à ses pas quel espoir ?

Pythie

Ô bel enfant à l'esprit vif ! Combien j'ai craint
Ce jour que tu voudrais savoir en quel écrin
Brillera ta sagesse ! Et pour vivre à ton rang,
Tu dois éliminer celui qui fit ton sang.
Alors tu régneras. Mais viendra grande peine :
Tu sèmeras enfants dans le lit de la reine.

Chœur

Effrayé qu'il ne nuise un jour à ses parents,
Œdipe l'ignorant, sans rien dire, s'enfuit.
Il allait relever le premier des défis.
Du futur, l'ignorance est le plus sûr garant.
Par sa mère, qui est fille de Ménocée,
Du dragon coule un peu dans ses veines le sang.
Chaque fois il renaît, moultes fois désossé.
Les morts de tourbe extraits sont décomptés par cents.
La pointe venimeuse, alerte, dans son sein
Toujours veille et conçoit les plus sombres desseins.

Œdipe

Maintenant que je suis sur le chemin qui mène
De Delphes à Daulis, en cette étroite gorge
Commence cette route où mon destin se forge.
Quel est ce char au loin que les chevaux ne freinent ?
Son conducteur ne voit-il pas que l'on ne peut
Franchir ce défilé, auquel suis engagé
A pieds bien avant lui, frontalement tous deux ?
Et bien que plus âgé, il me semble enragé !
Je ne puis lui céder, comme à un jeune il sied ;
Il force le passage et roule sur mes pieds !
Ma main vive l’agrippe, elle le jette au sol !
En son œil vois brûler la fureur d'un vieux fol.
Il se jette sur moi, mon épée le traverse.
Serait-ce en assassin que mon destin me verse ?

Chœur

Le roi est mort, vive le roi ! Il ne sait pas
Que les dieux, le destin, décidaient ce trépas
Pour qu’Œdipe son nom désormais soit du roi.
Mais pour naître à son nom, le chemin est étroit.




Ecrit par Jim
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