Eloge de la fuite

Fuir encor ! Fuir toujours ! Et devant s'en aller
Sans savoir, pas à pas, et marcher à l'aveugle
En longeant cette côte avec la peur qui beugle
Lorsque souffle le vent à l'oreille ensablée !

Il y eût d'autres fois qu'il leur fallut partir
Sur des carrioles de guingois, avec l'enfant
Dans les bras, et pousser et tirer droit devant,
Parce qu'un soir un roi n'avait pu s'endormir.

Une ombre l'éveillait lui disant : « le temps passe
Et le fils un jour né, de tes œuvres ou d'autres,
Occupera ce siège où ton règne se vautre,
Et rien n'empêchera qu'il s'asseye à ta place.

Tu es né comme un homme et de même mourras. »
Lors le roi prend l'enfant, et parfois tous ses frères,
Et demande au valet des poitrines extraire
Tous ces cœurs animant la menace des bras.

Pour que dure son règne, il sacrifie le temps !
Mais un serf plus souvent sait montrer sa clémence
En désobéissant aux ordres de démence ;
La nuit, le roi entend : « Père, je vous attends ».




Ecrit par Jim
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