Le vent

Vent de tramontane ou de galerne il entonne
Une aubade à bas bruit qui sourd et se déploie
Et s’enfle doucement, grisante et monotone
Pour atteindre la ville et y semer l’émoi

D’une haleine intrépide il bannit la grisaille
En déchirant le ciel et déride l’esprit
Du passant dont le cœur face à l’azur tressaille
Et qu’un dernier rayon de soleil attendrit

Poussant un bataillon de somptueux nuages
Il aborde la mer en déchaînant les flots
Aveugle et tout-puissant il se rit des naufrages
Et peint à son insu de merveilleux tableaux

Pendant que l’océan se balance et moutonne,
Derrière le rideau de gros nuages noirs
L’ouragan théâtral s’apprête et se pomponne
Et puis comme un taureau enfui de l’abattoir

Qui souffle en écumant il poursuit sur la mer
Un valeureux voilier coiffé du tourmentin *
Et brise avec dédain les digues des polders
Puis d’un preste rebond redresse un brigantin

Lorsqu’il a son content de bienfaits et de crimes
Le vent meurt en son aire aussitôt remplacé
Par un vif aquilon ou un souffle des cimes
Ayant appris tous deux l’art de se surpasser


* tourmentin : petit foc en toile très résistant qu'on utilise par gros temps

Ecrit par Cardaline
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