La jeunesse

La jeunesse au beau cou gonflé
De sève rose,
Je la regarde, cette rose,
Et j'assiste à son jubilé.

Je ne regrette pas son âge
Que je n'ai plus.
Je me souviens de trop d'orage
Quand j'étais parmi ses élus.

D'où je suis je la vois tragique,
Vouée au feu,
Elle veut tant, sachant si peu,
Va si droit dans un monde oblique!

L'âge mûr, terrestre au-delà,
Future tare,
Elle ne prévoit pas cela,
Ne sait pas ce qui se prépare.

Elle court comme un homme saoûl,
Pleure, rit, aime.
Elle attend le Pactole même
Et n'en aura que pour un sou.

O pauvre jeunesse naïve,
O passion,
Additionne! L'Heure arrive
De la morne soustraction.

Vingt, vingt-cinq, ou trente ans... On joue
A la douleur.
Après on vit. -Donne ta joue
Que je l'embrasse dans sa fleur.





Ecrit par Lucie DELARUE-MARDRUS
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