Si tu veux que je meure

Si tu veux que ie meure entre tes bras, m’amie,
Trousse l'escarlatin de ton beau pelisson,
Puis me baise et me presse et nous entrelasson,
Comme autour des ormeaux le lierre se plie.

Desgraffe ce colet, m’amour, que ie manie
De ton sein blanchisant le petit mont besson :
Puis me baise et me presse, et me tien de façon
Que le plaisir commun nous enyvre ma vie,

L’un va cerchant la mort aux flancs d’une muraille,
En escarmouche, en garde, en assaut, en bataille,
Pour acheter un nom, qu’on surnomme l’honneur :

Mais moy ie veux mourir sur tes levres, maistresse.
C’est ma gloire, mon heur, mon thresor, ma richesse,
Car i’ay logé ma vie en ta bouche, mon Cœur.


- La Bergerie - 1565

Ecrit par Rémy BELLEAU
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