Nuages


Il a pris ses pinceaux
Sa palette et son coeur,
Et puis il s'est assis
Sous le toit des nuages
Poudrés, soyeux, ravis,
Joufflus, ou au contraire,
Au sourire pincé,
Au regard courroucé.

Alors, il a choisi
Ce qui leur convenait
Le mieux :

Rose d'aube givrée,
Tumulte au gris rageur,
Jouissance d'un blanc,
Posé comme on effleure
Les ailes des colombes.

Il les a regardés
D'un air très sérieux
Sans sourire,
Sans rien dire
De ses pensées à lui,
Et.

Le temps s'est suspendu
Au souffle de ses lèvres,
Au gré de son inspir
De sa force de dire
Les choses simplement,
Sans même avoir besoin
De les exprimer davantage.

Gravement, il a pris
Une feuille aussi grande
Que lui

Il a mis à son aise
Tout un quartier de ciel,
A pris tous les nuages,
Un par un, doucement,
Et il les a posés,
Au gré de son envie
Comme ça,
Sans raison apparente
Sinon celle de son propre plaisir,
Jouant à les pousser
Même à les bousculer
Un peu
De temps en temps.

Le monde était si loin
Et ses cris, et ses luttes,
Ses guerres et tumultes,
Ses espoirs de survie ;
A des années-lumière,
Si loin,
Si loin de lui.

Lui, avec ses pinceaux,
Sa palette et son cour,
Il inventait des mots
Silencieux
Qu'il donnait aux nuages
En modeste cadeau,
En échange
De leur bon vouloir,
De leur participation
Bénévole.

Lui, devant son tableau,
Il inventait un ciel
Où d'immenses dragons
Côtoyaient l'innocence ;
Un monde de géants,
Où l'on pouvait saisir
Au vol
Toutes les couleurs
Et les nuances
De son âme.

Et l'espace initial,
Cet espace un jour blanc,
Eclaboussé d'amour
Et de ses tendres fièvres
S'en trouvait agrandi,
S'en trouvait anobli.

Mais peu lui importait,
Il peignait simplement
De ses couleurs-cadeau,
De sa palette neuve,
Son monde à lui tout seul.

Car il avait sept ans,
Tout frais séchés
Du matin même.





Ecrit par Kasia
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