La ballade du frère oublié

Frères humains qui avec moi priez
La mémoire de Fernand Iveton,
Ce renégat français né à Alger,
Soyez clément avec ces faux-jetons
Qui à la mort l’ont vite condamné,
Il leur fallait, c’est sûr, un émissaire
Pour juguler les fils de la colère,
Ces fellah méprisés tels des bourrins
Par les dignes héritiers de Voltaire.
Oui, priez Dieu pour tous ces assassins.

Au bord de la Marne où chantait l’été,
Percé par la flèche de Cupidon,
Fernand pied-noir au marteau indigné
A bien failli oublier sa mission
Là-bas, on se bat avec cruauté,
On est bicot mais on n’est pas des serfs !
Ah, ses perles bleues que berce la mer…
Mais là-bas on se bat, tu le sais bien
Pour échapper aux crocs de la misère.
Oui, priez Dieu pour tous ces assassins.

On les brûlait vivants sans un procès,
Toi, Fernand, tu rêvais d’insurrection
Mais, vois-tu, tu étais un vrai Français,
Tu n’avais tué personne, mon bon,
Tu fus jugé et puis guillotiné
Après avoir subi un long calvaire,
« Hélène, tes longs cheveux de rivière
Ont tracé sur mon corps rouge un chemin
Celui d’un martyr qui aimait ses frères ».
Oui, priez Dieu pour tous ses assassins.

Mitterrand, garde des sceaux si sévère
Tu seras président des stercoraires,
Ton prédécesseur ce Coty équin
Refusa sa grâce au noble belluaire.
Oui, priez Dieu pour tous ses assassins.


Inspiré du roman de Joseph Andras : De nos frères blessés.

Ecrit par Banniange
Tous droits réservés ©
Lespoetes.net