Négatifs

Elle était assoupie et ses courbes graciles

S’enroulaient en oubli dans une ombre miroir.

Combien de temps déjà ? Allaient-ils se revoir ?

Combien de temps encor, à rester immobile ?



Au travers de sa robe, pourtant, il aimait

Revoir les visages issus d’autres époques.

Son grand-père, aux fourneaux, affublé d’une toque,

Faisait chanter l’étain devant l’œil aux aguets



Du môme qui traînait, à l’affût d’un faux-pas,

Des fois qu’un peu de rab resterait dans le plat.

Il lui disait : « Petit ! J’ai des poêles à gratter ! »

Et son rire soudain le faisait tressauter.



Cette tranche de vie hurle dans le noir,

Dans les courbes graciles d’une pellicule.

Maintes fois, j’ai failli, lors de nuits Minuscules

Replonger à deux pieds dans ce maudit tiroir.



Mais ce gamin est mort, depuis ce jour d’été

Où le vieux a choisi de ranger ses gamelles

On ne l’entendra plus chiner le caramel

Coulant sur des quartiers de pommes épluchées.



Je sais, ma belle…Il faudra bien que j’y revienne,

Dans tes draps-souvenirs où j’aimais me lover

J’ai si peur de le voir en ces instants figés

Alors qu’il vit encor dans mon cœur porcelaine.



Je ne peux que t’écrire, en des mots bleus saphir

Que je ne t’oublie pas, au lointain qui se perd

Peut-être dans l’obscur, verras-tu la lumière

De cette encre en écume vibrant sur la lyre



Ecrit par Aodren
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