Les coquelicots

Par tes noires anthères

Voilà qu'tu prolifères:

Nul besoin qu'on te sème

Ni mêm' qu'on t'entretienne.

Comme la mauvais' graine

On t' voit partout pousser

Dans les cours d'HLM

Et tous les bas côtés.

Coquelicot, coquerico,

Le rouge est la couleur du beau



Tu déroul's dans les champs

Comme un grand tapis rouge

Pour que peintre et amant

A tes pavots se saoûlent;

Tu donn's aux herbes folles

Des boutons de rougeole

Et incendies les blés,

Les colzas et les prés

Coquelicot, coquerico,

Fier, comm' t'es beau sur tes ergots



T'éclabouss's les chemins

De ton rouge carmin

Et joyeux, tu éclates

De couleur écarlate.

Ta robe est bien légère

Soulevée par les airs

Pour que tous les fripons

Courent ton cotillon.

Coquelicot, coquerico,

Le rouge est la couleur du beau



Vêtu d'un boléro

Rouge vif et bien beau,

Gracile sur ta tige

T' es pourtant bien fragile;

Un vent un peu violent

Déchire tes sépales

Pour rappeler le sang

De vieux champs de bataille!

Coquelicot, coquerico,

Tes calicos restent sans mot!



Libre, insoumis, rebel

Tu rappelles Carmen,

Belle et noire gitane

De cette rouge Espagne.

Tu peux mourir cent fois,

Tu ressusciteras:

Les myth's sont éternels

Pour te rendre immortel.

Coquelicot, coquerico,

Ne rougis-tu que de pudeur?

Coquelicot, coquerico,

Ne serait-ce pas de bonheur?





Ecrit par Louis Vibauver
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