Le héron

Entre eau vert gris et azur perle parmi les osiers et les roseaux,

Le héron a abandonné son ombre d'oiseau.

Son long cou entré dans le col de son habit de cendres,

Il s'en vient méditer, à s'y méprendre

Telle une branche pétrifiée

Sortant de l'onde, plissée

Par le lent glissement d'un canard

Qui rejoint sa nichée sous le saule têtard.

Accroché au haut bout d'un bec effilé,

Son œil rond ne cille pas au plongeon de la poule d'eau.

Il espère immobile d'un alevin imprudent, d'un batracien égaré

Contenter bientôt la faim qui le tenaille depuis la veille;

Ou seulement d'un hydromètre marchant

Insouciant sur le paisible étang.

La leçon de la Fable l'aura sans doute enseigné.

Perché sur ses fines échasses, il patiente longtemps

Pour un hypothétique déjeuner tant désiré.

Il lui suffit dans les herbes, d'un frémissement

Pour que le chasseur prudent

S'enfuit dans un battement d'aile silencieux.

Demain il reprendra l'affut.

Et comme gage de sa patience, il happera

Quelque vairon, quelque infecte insecte

Dont il saura pourtant régaler son estomac.

Ecrit par Ann
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