Matin d'Avril

J'étais au fond du trou, la tête entre les mains,
La corde autour du cou, tel pantin qu'on achève,
Et sur un peu de vert à mon regard lointain,

Le mal dont j’ai souffert s’est enfui comme un rêve.

Avait-il en mon cœur épuisé la souffrance
Où se posait ma peur d'affronter l'avenir ?
S'il me faut évoquer cette douleur immense,

Je n’en puis comparer le lointain souvenir

Sinon du grand sapin dont on tire la sève.
Il se doit aux matins de vivre certains soirs,

Qu’à ces brouillards légers que l’aurore soulève,

En venant effacer un profond désespoir,
Sur ces lèvres posées une peine à s'ouvrir,

Et qu’avec la rosée on voit s’évanouir.



D'après "La nuit d'octobre - Alfred de Musset (1810-1857)"

"Le mal dont j'ai souffert s'est enfui comme un rêve.
Je n'en puis comparer le lointain souvenir
Qu'à ces brouillards légers que l'aurore soulève,
Et qu'avec la rosée on voit s'évanouir."


Ecrit par Solem
Tous droits réservés ©