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Poésie libre / Sentiers
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Sentiers
par Gkak


par Rickways


J’ai longé maints sentiers et longé maintes sentes Tant de fois, fier et seul, je me suis en allé Par de rudes grimpées, en de longues descentes, De sommets en sommets, de vallons en vallées. Ô sentiers, vous prenez le monde dans vos rets ! Votre réseau, plus grand qu’une immense résille Emprisonne les bois, les prairies, les forêts… C’est bien le globe entier qu’il encercle et quadrille ! Vous êtes permanents, comme la cicatrice Ou ces glyphes anciens qui jamais ne périssent. Les scarificateurs de la Terre, que sais-je ? Vous masquer un moment, seule le peut la neige. Jusqu’au fond du ravin, sur les flancs d’une gorge, Les sabots du caprin et les boots du sherpa Vous martèlent sans fin comme un fer dans la forge, Sans les pieds du vivant vous n’existeriez pas. On se moque de vous et de votre sol nu Aride, caillouteux, sans herbe qui se broute, Mais on se sent toujours, chez vous, le bienvenu, Car n’êtes-vous plus sûrs, tranquilles, qu’une route ? Ô sentier, paillasson que battent nos chaussures, Vieux tapis poussiéreux que traitent en carpette Nos longs bâtons cloutés, une chose est bien sûre : On a besoin de toi pour la moindre escampette. Si tu n’es rien qu’un peu de terre desséchée Tu confères à tous secours et assurance, Au randonneur perdu le clair parcours fléché, Aux brebis égarées la voie des transhumances. Tu es l’étroit layon où se coule la biche, L’allée gravillonnée où le paon se pavane, La percée qui déçoit en ouvrant sur la friche, Et la piste sableuse éventrant la savane. Sur tes plus fins lacets, ténus, impraticables, La mule et le lama avancent leur pied ferme, Et le grand Hannibal, sans cordage ni câble, Te confia, sans douter, le poids de pachydermes ! Tu guides l’exilé et le soldat transfuge, Tu conduis l’assoiffé vers le ru qui ruisselle, Tu mènes l’épuisé jusqu’au prochain refuge, Et celui qui se rend, pieds nus, à Compostelle. Sûr de lui, le flâneur de toi ne se soucie, Et se moque pas mal de ton itinéraire, Pour un vagabondage, ou pour un raccourci, Il te met de côté, délaisse ton ornière, Mais si tu disparais, si tu gommes ta trace, Laissant le geai moqueur crier : ‘Là ! C’est par là !’ On s’affole, on s’irrite, on tourne dans la nasse, Et l’on supplie l’oiseau, exigeant qu’il parlât ! Viens-tu à t’interrompre au bord d’une falaise, - Prendrai-je mon envol ? Me jetterai-je en bas ?- À notre âme éperdue que glace un dur malaise, Tu chuchotes, vainqueur : ‘Reviens-donc sur mes pas !’ Pour chaque promeneur promenant ses pensées, Pour le veuf ou la veuve, et le convalescent, Pour les couples unis et pour les fiancés Tu t'embellis de fleurs, choisies à bon escient. Des fleurs pour embaumer leur méditation, Des fleurs pour encenser leur vraie rémission, Pour mettre dans leurs yeux de vifs éclats de vie, Des fleurs enfin pour que le faible ne dévie. Tel un vieux serviteur à l’infinie patience, Tu demeures présent à toute heure du jour, Et jusque dans la nuit, quand règne le silence Et que la bête errante adopte ton parcours. Il advient quelquefois qu’on se tienne debout, Figé au carrefour dans une atroce attente, À guetter, en scrutant chacun de tes deux bouts, Le retour du conscrit, ou de l’aimée absente. Tu es encore là lorsque notre âme souffre Pour mener à l’église et puis au cimetière Le défunt dont les pieds ne touchent plus par terre Et ne l’abandonner que tout au bord du gouffre. Pourquoi ne vas-tu pas sur l’eau, ni dans les airs ? Pierrot, en sifflotant, monterait voir la lune ! D’un pas terrestre et sec, sur océans et mers, Les marins marcheraient mieux que dans la lagune ! Par légions les pêcheurs descendraient des jetées Avec leur canne à pêche où pend la fine allache Et fileraient au loin vers l’horizon bleuté Pour y pique-niquer, comme au plancher des vaches ! Ô sentiers, qui brillez comme luit une moire, Depuis la nuit des temps les hommes vous empruntent, De mille allées-venues vous êtes la mémoire. Où vous disparaissez toute vie est défunte.

Le palmarès 2018 de la Société des Poètes de France et d'ailleurs, vient de m'attribuer deux prix d'excellence et un prix d'honneur. Et aussi dans la catégorie de la nouvelle fantastique. Merci à tous pour votre soutien constant. Bonnes plumes !

Poème posté le 25/09/18 par Gkak



 Poète
Gkak



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 Interprète
Rickways



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