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Poésie libre / Epitaphes
              
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Poésie libre / Epitaphes

Epitaphes
par Salus


Visiteur du cimetière : L'épithète, c'est un taf, Mais l'épitaphe, de tête, Menterie et tout le staff, 'Faut en avoir la manière, Et la matière, ou bien, plaf ! L'on vautre aux lettres, c'est bête, Pauvre et veuf, un chant de piaf ! VII Siècle Avant J.C : Ta clairvoyance, aveugle aède, Et ces mots soufflés par les dieux, Seront toujours le guide et l'aide De ceux dont l’œuvre aspire aux cieux. O père, Homère, des rhapsodes, Etendu, serein, dans le temps, Drapé du linceul de tes odes, Entends-tu nos arts redondants ! 630 / 580 Avant : Une tombe inconnue, à la Leucade antique, Doit s'enrichir, Sappho, c'est sûr, de quelque trait, Que deux, jalousement, millénaires après, Chronos pour un jour garde au futur extatique... 840 / 930 : Pieux croyants venant ici prier, Un moine chante, encor, sous cette pierre : Hucbald qui fit tarir maint encrier Pour Eulalie - alléluia, Saint Pierre ! 1071 / 1127 : Déchiffres-tu, visiteur, l'arcane de l'axiome, Bas-relief sculpté dont s'orne un si fameux tombeau ? Il glorifie, en ces vers, l'ample Chanson faite homme : Feu Guilhem VII, de Poitou, ce comte dit "Guillaume" 1245 / 1285 : Essuyant de tes mains la pierre d'un lichen Peut-être y viendras-tu goûter le vers - pas l'esche - Encensant Rutebeuf dont l'amère grièche Poursuit jusqu'au tombeau comme Guivre - ou Kraken, De sa malédiction son éternité sombre, Cette immortalité des lettres, où l'on sombre. 1431 / 1463 : Mort, maistre Villon, devant Allongé, chanta l'Histoire, Le vivre et le savoir boire - Autan n'emporte li vent - 1524 / 1566 : Elle fut, méprisée en son siècle, Le pain blanc - qu'on a taxé de seigle - De l'envol poétique ; Labé, Ce chant, pour qui l'entrevoit, lapé, Petit-lait, porte toujours ton sigle ! Des sonnets du seizième, ce cycle Extraordinairement jambé, Apprécie-en, passant, le drapé. 1555 / 1599 : Au linceul où la mort l'arrise Marc Papillon, seigneur Lasphrise, Cache une valeur peu connue ; Tu chercheras dans sa cornue, Flâneur, cette valeur qu'on prise, Alchimie affleurant la nue ! 1555 / 1628 : D'un siècle analphabète et d'une muse en herbe, Il est né, rigoureux, l'implacable Malherbe. Il s'est éteint, depuis, mais grâce à lui le vers Aura vu sa limite...au bord de l'univers ! Chapeau bas, promeneur, en longeant cette allée Qui clôt profondément la science avalée... 1639 / 1699 : Il fut un phraseur-né, cela nul ne le nie ; Proche de l’hexamètre et soufflant le vers grec, Il repose aux côté de Phèdre, Iphigénie... Mais, souterrainement, reste un plus ultra nec ! 1762 / 07 thermidor de l'an II : Par des choix malheureux traîné vers l'échafaud, Il déclara "- Pourtant !" en se frappant la tête ; Chénier, ton vers antique était loin d'être bête, Et la Terreur grondait dans le temps d'un sang chaud. Tu n'eus jadis, hélas, que le droit de te taire, Mais ton art te survit - dors en paix, sous la terre... 1786 / 1859 : En longeant l'île bâtie Recouvrant, toi qui débordes, Ma dépouille, d’empathie Pour moi, Valmore-Desbordes, Apprends que, l’œil sur ce dit Qui raconte - j'ai souffert - Ma vie au granit maudit, Tu maintiens mon azur vert. 1790 / 1869 : Sous les cyprès ondulant leur verte échine, Regard flâneur qui s'est posé Au caveau du romantique Lamartine, Décryptes-tu ce texte osé : "Il savait la vie et que tout y décline, Aimant pourtant le soir rosé." 1802 / 1885 : Toi dont je devine que penche Le chef devant la table blanche De ce marbre abritant la paix D'Hugo, poète au verbe épais, Lis ce paragraphe apocryphe Qu'un hypocrite ami du glyphe Pour te distraire avait tracé, Persiflant l'aède racé ! 1810 / 1857 : Songez qu'ici s'est assagi Musset ; Rappelez-vous, avec Sand il musait ; Il brûla par les deux bouts sa bougie ; Son âme par la Muse en tout agie... 1821 / 1867 : Son recueil écrit, sulfureux, de fleurs Maladives, a valu D'être mal, mais beaucoup lu ; Aujourd'hui sa langue est pour nos valeurs Un fleuron de la culture ; Nul ne le sait plus, car on le croit mièvre , Or, transsubstantiant sa trop folle fièvre, Sa tournure encor torture ! (Tu, traduisant ces quelques mots, Ne dois pas penser aux grimauds) 1842 / 1898 : Incipit, pamphlet, conclusion, Rien qui ne mente ou se défausse, Nulle lettre lue, ô vision, A la mallarméenne fosse. 1844 / 1896 : Tu nous auras fait, partant, Tant de tristesse et de peine, Pauvre Lélian, Paul Verlaine, Puisses-tu, le méritant, Etre lu, puis que l'on vienne Te pleurer - c'est le pendant De la postérité tienne. 1845 / 1875 : Tristan Corbière Est là, sous la pierre ; Rien ne le hissa, Tout le hérissa ! 1854 / 1919 : Depuis cette ombre éternelle des tombes, Il jetterait, Tailhade, encor des bombes ! Mais, bon badaud, il est bien enterré ! Repars, bourgeois ! perds cet air atterré ! 1867 / 1920 : L'on a couché Toulet Là, devers l'us du catafalque, Et cette inscription calque La forme dont il nous saoulait ! A moins, mausolée - ô Carrare ! Que ne s'inscrive en faux, Gravé par la funeste faulx, Ce mètre un peu barbare... 1871 / 1945 : Tel qui gravit le flanc du mont Saint Clair Pour voir où songe un rêveur impassible, Sache qu'ici l'image se fit chair, Née au reflet marin qui fut la cible De cet esprit, feu désormais paisible, Qui s’attisait au moindre souffle d'air. 1880 / 1918 : Un génie, ah ! enseveli - las ! Appelle encor Lou, sous le Lilas, Rimeur exceptionnel - lisez-le - Il fut surréaliste zélé ! Apollinaire, en donnant le la, Depuis l’éther de ton Walhalla, Tu, pour toujours, as mis le sel que Le signe austère avait recelé. 1897 / 1982 : Passant qui lit ça Sache que d'Elsa Le Fou dort ici 1963 / …..(?) Ici gît, déconsidéré, Un poète, do, ré, do, si ; Il n'est plus qu'un spectre éthéré Et ne fut guère lu...qu'ici. + + + + + + + + + Multiple poésie au commun mausolée, Par hasard j'ai gravé ta stèle désolée De mots définitifs, sans qu'un penchant n'échût. Et que l'Aile pardonne à ma plume - mais chut ! - Car il mérite mieux, poète de tout âge, Ton impalpable azur, que ces vers de potache...



Poème posté le 18/10/18 par Salus


 Poète
Salus



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