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Poésie libre / Rêvhaillon
Poésie libre / Rêvhaillon
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Rêvhaillon
par Banniange


Des voix de mainates religieuses, grêles comme un pipeau, des yeux exorbités en oeufs pochés et la lippe tordue comme une tortue tuberculeuse, ces ménades spectrales arrachent des chiffons fantomatiques qui fuient de leurs mains calleuses où le temps a déposé son fienteux désespoir. Sur les murs aux couleurs criardes, quelques Salomé de pacotille sourient comme une banquise fondante. Plus loin, c'est un choeur d'éphèbes qui tourbillonne et vieillit à chaque entrechat. Des chérubins anorakés glissent sur des luges véloces vers un âge irréversible. En vitrine, les mannequins sont palpés, étreints, mordus, saboulés, dénudés par les doigts crochus de ces Parques insatiables et triomphantes, c'est le jour tant attendu! Et le troupeau s'enfle, gronde, pullule, se répand comme une pieuvre visqueuse aux tentacules avides qui rampent dans les étalages avec un gargouillement satisfait. Tout est scruté, fouillé, englouti : Les bahutes, les baggies, les corsaires, les cullotins, les cache-têtons, les marlottes, les gourgandines, les moule-bites, les moleskines et les nuisettes. Des avalanches de lingerie s'étalent sur le parquet où s'ébrouent ça et là quelques morveux hilares en quête de mornifles. Soudain, un hurlement prolongé ébouriffe la ménagerie pithiatique: "Le père Noël est mort, assassiné"! La cohue des pies-grièches s'empresse auprès de la diva confite, à ses pieds git, sous un catafalque de strings et de jarretières, un vieux sagouin à la barbe chantilly, un bonnet cramoisi occulte son regard, un grelot retentit faiblement, coincé dans une narine où fleurit un furoncle, tandis que ses bras enserrent un flacon de vieux rhum. Son corps disloqué semble avoir été piétiné par un ouragan de pachydermes en furie. "Mais non, je le reconnais", roucoule une pintade, "c'est ce pochard de Gaston encore imbibé", deux bécasses huppées s'écrient ailleurs: "Ciel, mon amant", une perruche à moustache y voit son grand-père qu'elle n'a jamais fréquenté, une oie terreuse gonflée comme une barrique retrouve en ses traits olivâtres le charme solaire de Louis Mariano.... Et chacun y va de ses conjectures filandreuses tandis que retentissent les sirènes des ambulances et que les woofers du "Roi de l'étoffe" minaudent avec langueur: "Il est né le divin enfant...".



Poème posté le 23/12/18 par Banniange


 Poète
Banniange



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