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Poésie libre / From Hell
Poésie libre / From Hell
Poésie libre / From Hell

From Hell
par Banniange
Highslide JS
par Banniange

Au dessus de Londres depuis la voie ferrée par Gustave DORE
Illustration proposée par Banniange


Ce Londres cafardeux de smog et de fantômes Où se traîne en geignant le peuple des abîmes Dans les rues poisseuses que hantent tant de crimes, S’étend à l’infini comme un infect rhizome. Des chevaux décharnés piaffent dans la gadoue, Des rats nauséabonds pullulent dans la boue Et qui sont ces morveux au rictus égrillard, Vêtus de guenilles, surnommés les bâtards ? Ô toi, Sainte Marie dans ta chapelle blanche, Entends-tu tous ces cris où gronde l’avalanche ? Partout, c’est le brouillard qui, de ses doigts glacés, Enserre les gorges puis répand ses miasmes, Sur les froides collines où languissent des spasmes, Glissent les cadavres de rêves mutilés. D’anciennes cheminées graillonnent, trop glaireuses, Quelques jaunes crachats d’ordures contagieuses, Et la fange en suintant des nuages sinistres, Coule dans les berceaux que le désespoir bistre. Ô toi, Sainte Marie dans ta chapelle blanche, Entends-tu tous ces cris étouffés par les planches ? Au bord de la Tamise où les égoûts barbottent, Le frimas oppressant envahit les gargotes, Tous ces docks, encrassés de tripes avariées, Empanachent les airs de senteurs opiacées. Et la lie de la terre y fourmille, inlassable, Des pirates galeux aux armateurs véreux, Des Nègres et Lascars qui s’épient envieux, Tous iront au mitard, goûter à l’innommable. Ô, toi Sainte Marie dans ta chapelle blanche, Entends-tu ces bourreaux qui retroussent leurs manches ? Des troupeaux loqueteux insultent les étoiles, La « joyeuse Angleterre » irrite tous leurs poils Tassés dans des bouges, assis dans les ornières, Ces spectres vérolés mâchonnent des prières ! Aux abois, abrutis, errant tels des zombis, L’atroce famine dévore leurs entrailles Et s’ils trouvent parfois un asile et un lit Ils se font mépriser comme vile racaille. Whitechapel ! Whitechapel ! Sainte Marie, Ne voyez-vous donc pas l’horreur qui s'est tapie ? Ces vénelles lubriques où s’étale le vice, Sans cesse arpentées par de mornes catins, Qui vont solder leur chair pour un piètre butin, Ont mis bas un devin pratiquant l’aruspice. Né dans la hideuse brume où règne la mort, Protégé par la nuit sordide aux mauvais sorts, L’élégant clinicien abrège les souffrances Disséquant les corps, encore chauds de leurs transes. Ange exterminateur, justicier implacable, Ne vient-il pas rayer ce qu’un Dieu monstrueux A banni sur terre pour un destin minable ? Apaise, soulage les miséricordieux ! Mary, Ann, Jane, Catherine, Elisabeth, Confiez vos viscères à l’ombre des cyprès, Loin du cloaque odieux où vous rampiez, pauvrettes, Que ce Londres maudit disparaisse à jamais ! Whitechapel ! Whitechapel ! Sainte Marie, Où se cache Yavhé qu’en vain, toujours, tu pries ?



Poème posté le 18/01/19 par Banniange


 Poète
Banniange



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