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Poésie libre / Nadia
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Poésie libre / Nadia

Nadia
par Madykissine


Nadia Dans une rue d'Herat, il y avait, discret, Un écriteau de fer : "Aux aiguilles d'or", Dessous : "Cours de couture", et l'endroit abritait, Contre les taliban, de sublimes trésors. Nadia, dans son panier, sous un coussin d'aiguilles, Pliait avec grand soin les carrés de coton, Comme pour attester l'application tranquille Des femmes afghanes. En cachant sa passion Sous une bâche noire, avec quelques amies, Nadia se réfugiait dans la pièce à ouvrage, Loin des soldats sans nom aux regards ennemis, Pour broder à l'envi des entrelacs fort sages. Sous le tissu complice il y avait des livres, Des poèmes bannis, des trésors de culture, Strictement interdits, des textes qui enivrent. Nadia s'en nourrissait, au salon de couture. Son talent inspira un recueil clandestin À la jeune beauté couverte de silence. Nadia n'eut pas le temps de tenir dans ses mains Son œuvre reliée, ni le bonheur intense, Offert au grand soleil, d'avoir poli la pierre Au temple du savoir. Son mariage conclu Avec un professeur aussitôt lui fit taire L'envie de liberté qu'elle avait entrevue Dans les livres cachés au fond de son panier. A-t-elle un jour parlé de son divin secret A son mari sournois, pétri de vanité ? Fut-il terrorisé par son talent ? Qui sait ? Par un jour de novembre, il la battit à mort. On retira les plaintes afin que l'assassin Ne passât en prison qu'un mois. Le pauvre corps Sans vie de Nadia fut arraché aux siens, À la petite fille aux yeux noirs de chagrin Qui ne reverrait plus sa mère décédée A vingt-cinq ans à peine, c'est certain, D'un suicide officiel, à l'âme dévoyée... Le professeur depuis eut une promotion, À la bibliothèque de l'université D'Herat. Bien entendu, il clama sans façon Que les vers de Nadia étaient politisés À cause de l'emprise, alors, des taliban... De l'asservissement où les femmes se meurent Il ne dit pas un mot, en ardant pratiquant, Habile à se placer en victime des mœurs... Des six femmes cachées qui lisaient les poètes, Quatre vivent encor', marquées à tout jamais Par la mort de Nadia. La liberté qu'on prête À la poésie saigne et survit, désormais, Par la Fleur rouge sombre, aux vers désespérés, Qu'elle nous a laissée, ultime testament De Nadia Ajuman. La terre a accouché De monstruosité. Pauvre pays afghan. ISBN 9782919390052–DLE2011 À Nadia Ajuman auteur de Gul-e dodi, Fleur rouge sombre (2004) battue à mort en novembre 2005, par son mari, à Herat, dans l'ouest afghan.

Aujourd'hui un autre visage féminin nous regarde, du fond d'une prison, celui d'une jeune femme condamnée pour avoir défendu des femmes qui ont retiré leur voile.


14 mars 2019


Poème posté le 14/03/19 par Madykissine


 Poète
Madykissine



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