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Le piège
par Franny


Un village. 1200 âmes, sans âmes. Des campagnards et des banlieusards. De plus en plus de banlieusards. De moins en moins de campagnards. A l'entrée du village une grande ligne droite. Au bout de la ligne droite une courbe. Au bout de la ligne et de la courbe l'arrêt du car de ramassage scolaire. Une famille s'installe : le père, la mère et les enfants. La petite fille lance une pétition : faut supprimer ce piège à enfants. Des campagnards signent. Des banlieusards signent. Des campagnards lui claquent la porte au nez. Des banlieusards lui claquent la porte au nez. La pétition arrive à la mairie. Un feu tricolore : trop cher. Un casse-vitesse : trop bruyant. Déplacer l'arrêt de car ? Compliqué. Et puis c'est une départementale, faut voir le département, et puis c'est public tout ça, faut suivre les règles. Le temps passe, le piège reste. Une autre famille s'installe : le père, la mère, la petite fille et son grand frère. La maison est en triste état. La maison jouxte la route. Sont heureux. Ont quitté leur banlieue pourrie pour une campagne de rêve. Les enfants jouent. Les enfants main dans la main illuminent la campagne. Mercredi après-midi. Il fait beau. La petite fille est sur son vélo. Louvoie un peu tel un papillon. Une voiture la renverse. La deuxième prend son élan : la grande ligne droite, la courbe, l'écrase, tout, la tête, les bras, les jambes. La campagne pleure, le piège s'est refermé. A celle qui ne verra jamais l'aube de ses dix-huit ans, trop éprise de beauté, de liberté et de nature Tu as dit nature ? Un chemin bordé d'arbres étouffants qui ne mène à rien Un oiseau perdu de frayeur dont nul ne reçoit l'écho La campagne voilée fuyant sans espoir les lendemains La fleur triste et fanée pleurant son ultime goutte d'eau Tu as dit nature ? La montagne fière et endeuillée te rejetant au loin Unissant sa force et sa beauté pour te faire fléchir La cime âpre si convoitée que jamais tu ne rejoins La glace étincelante qui ne renvoie plus ton sourire Tu as dit nature ? La terre croûtée que le soleil a brûlé sans remord Que quelques femmes encor tentent hardiment de bêcher Croyant en un dieu qui du ciel améliorera leur sort Tandis que l'enfant désemparé s éteint avant l'été Tu as dit nature ? Anna pédalant qui, dernier hasard, courre dans le vent Admirant les tournesols et cherchant les coquelicots Petit épi de blé doré se fît faucher dans l'instant Eternelle fleur sans printemps ce sera son dernier saut Et tu as dit nature ? Mais quelle nature ? Celle du futur ? Serait-elle un mur ? Celle qui tue l'enfant De son sinistre chant ? Toi et moi impuissants Et tu as dit nature



Poème posté le 01/02/06


 Poète
Franny



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