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Poésie libre / Ma carte du tendre
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Ma carte du tendre
par Ann


par Ann


Mes pieds ne fouleront jamais la muraille de Chine. De l’Australie à Tombouctou, je ne ferai jamais le voyage. J’avais vingt ans que je franchissais le pont sur la Loire autrement qu’avec le modeste bouquet de violettes offert par un enfant d’immigrés italiens, cet amoureux qui osa me voler tout un trimestre, ma place de première de la classe… Je le boudai, j’étais si fière… Fière de sa finesse d’esprit. Autrement qu’avec les lourdes boucles d’ébène d’un adolescent, au parfum du Piémont qui me fit connaitre la complicité de deux âmes qui se seraient toujours connues. De l’Europe, je n’avais encore caressé vraiment que les frisons de la mer du nord et ceux capricieux de la Baltique. De la frontière danoise au mur d’Adrien aux confins de l’Angleterre, je ne connaissais alors de mon continent que son septentrion posé comme un chapeau de feutre sur ma carte du Tendre. De Martin à Diether, Callum et Michel semèrent un pacte de paix autour de mon cœur. Ne vous moquez pas, je vous prie, je n’en étais alors qu’à la moitié de la route qui me transporta de la bise claquant son givre sur mes doigts gelés d’impératrice, additionnant mes conquêtes, aux saveurs ibériques rapatriées du brûlant Sahara de mon second mari. Mon Europe à moi, c’est Une… Sept étoiles gravées dans le ciel de mon oreiller, souvenirs tendres de feu de Bengale tiré à la santé des amours charnelles. Dans ces quelques pays qui bordent le mien comme la pudeur d’une dentelle de voile de mariée, je fus une mouche lutinant de ses lèvres étrangères d’exotiques joyaux. Loin de cette Europe spéculative aux mains de financiers véreux, flirtant éhontément avec les lobbys de la chimie… Cette Europe, pourtant incontournable face aux blocs chinois, indien, russe et américain… Loin de cette Europe indispensable face aux menaces irrationnelles du nationalisme, perfide comme une toile tissée de fils invisibles, Mon Europe à moi, ce serait plutôt l’auberge espagnole où je réunirais tous mes amants se partageant grivoiseries et belles pensées entre deux bons plats bien arrosés d’une pluie de rires.



Poème posté le 14/07/19 par Ann



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Ann



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