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Poésie libre / Mes belles colères
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Mes belles colères
par Gkak


Vous la détestez, ma colère ! Oui, je suis un gars du tonnerre ! Un explosif baril de poudre Plein d’éclairs, de rage, de foudre ! Vous ne l’aimez pas, c’est peu dire Bon Dieu qu’elle vous insupporte ! Vous ne cessez de la maudire En lui claquant au nez la porte ! Vous dérange-t-elle à ce point ? Vous tira-t-elle d’une sieste Faisant gonfler votre pourpoint ? Ah, zut alors, la sale peste ! Vous arracha-t-elle à vos songes De pur confort et de bonheur ? Alors là, le remords me ronge D’avoir si mal choisi mon heure ! Mais apprenez que la colère Est la meilleure conseillère De tout poète qui progresse : Elle n’est que nerfs, ni gras ni graisse ! Toute bonne et saine colère Prenez note et prenez en acte Est un gain de vocabulaire Car il y faut le mot exact, Pas le mot recherché, précieux Qui ne jette que poudre aux yeux, Non ! Le mot vif comme un scalpel Le mot ciblé et sans appel Qu’on crache au détour d’une phrase Pour faire mouche, et table rase ! C’est la meilleure des écoles Je le sais pour la pratiquer Et je vous fiche mon ticket Que sitôt votre âme décolle ! La colère, c’est inventif On y forge l’insulte ad hoc Celle qui vous cogne en plein pif (Voyez le capitaine Haddock…) La colère est un faire-part Qui ne s’écrit sur du bristol Mais sur le premier papelard Sans simagrées, au vitriol ! La colère est un starting-block Qui vous lance au cœur de la lutte, Il faut en avoir plein en stock Dans ce monde actuel de brutes ! Et puis la colère est un rite Obligé pour le révolté, Toute injustice la mérite En nos sociétés éhontées ! Ne criez-vous jamais, bon sang ? Vous laissez-vous chauffer la couenne Vous laissez-vous pourrir le sang Sans jamais gueuler comme un âne ? La colère ? Un passe-muraille ! Intrusion du cambrioleur ! Elle met les pendules à l’heure Et vous remet sur les bons rails ! Elle hait ce qui sonne faux, Tout ce qui ne tourne pas rond, Elle ne tue, mais s’il le faut Te mitraille de ses jurons ! Quand un machin la tarabuste Elle a le mot rapide et juste Elle claque comme l’éclair Ce qui était noir devient clair ! Vous la haïssez donc toujours ? Vous lui préférez le faux jour, Le toc, l’ersatz, l’illusion, L’indolence et la désertion ? Dans ce cas je vous laisse auprès De vos leurres désespérants Je m’en vais et je la reprends Ma colère qui dit le vrai.



Poème posté le 14/08/19 par Gkak


 Poète
Gkak



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