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Poésie libre / Voyage sans retour
              
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Poésie libre / Voyage sans retour

Voyage sans retour
par Banniange


Au sommet du donjon d'un château en tourmente, Sur la falaise noire où rampent les méduses, J'entends vagir, chagrin, les sombres cornemuses, Dans un brouillard poisseux, Wee Annie se lamente. Mon âme est pétrifiée comme un menhir hargneux, Mon corps est torturé par les Kelpies hagards, De longs mugissements dans les lochs ténébreux Effraient les fantômes des tombes de Greyfriard. Oh, je voudrais marcher à l'ombre de tes pas, Toi, mon soleil rêvé où se fondent les heures, A l'aube miroitante où naissent les émois, J'ai vu ton beau visage apaiser mes douleurs. Nous irions visiter une île des Hébrides Où brownies et bleaters viendraient s'agenouiller, En te reconnaissant, toi, leur reine des fées, Ils t'auraient composé ce cantique limpide : "My love is like a red red rose That's newly sprung in June: My love is like the melodie That's sweetly play'd in tune. »* Près d'un âtre mourant où sanglotait la cendre Que mortifiait sans fin le souffle de l'hiver, C'est ton portrait béni que hier j'ai découvert Dans un journal givré d'un froid à pierre fendre, Toi, fille d'un Radja au pays du Levant ! Mon coeur a tressailli dans un écho puissant, Me voilà équipé pour un lointain voyage A travers l'océan au rythme des nuages. J'ai visité Bombay et ses temples grandioses Où des fakirs hautains envoutaient les cobras, A Calcutta, Kali et ses métamorphoses Enfiévra mes désirs avant le Nirvana. A l'est des Saptura, dans la caverne bleue Où soupiraient comblées des sculptures lascives, Un grouillement strident de singes belliqueux Ont accueilli moqueurs mes rêveries votives. Dans le palais des vents, à Jaipur l'insolente J'ai succombé, charmé par les devadasi, Les éléphants sacrés de Pench m'ont étourdi, Aux rives du Gange, j'ai trompé mon attente. J'ai croisé ton regard dans un stupa doré, Tu portais le sari sous l'ashoka vibrant, Un foulard chamarré de volutes d'argent, Dans un miroir de feu, ton rire étincelait. Mais ce n'était pas toi, ces prodigieux mirages, Je ne t'ai pas trouvée dans ces fragments d'images Et je n'ai plus cessé depuis de te chercher Partout où je voyais tes traces m’échapper. " Rūaṃ acchīsu ṭhiaṃ, phariso aṃgesu, jaṃpiaṃ kaṇṇe Hiaaṃ, hiae ṇihiaṃ Vioiaṃ kiṃ tha devveṇa ?" ** "Sa beauté dans mes yeux, son contact sur mon corps, Une parole à l’oreille Son cœur posé en mon cœur. Et le destin nous aurait séparés ?". *Poème de Robert Burns **Chanson populaire indienne



Poème posté le 09/11/19 par Banniange


 Poète
Banniange



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