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Thème du mois / Tous les thèmes / CATASTROPHE / LES PONTONNIERS DU GENERAL EBLE Les 26, 27 et 28 novembre 1812 – Campagne de Russie

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LES PONTONNIERS DU GENERAL EBLE Les 26, 27 et 28 novembre 1812 – Campagne de Russie
par Chrishautrhin


Toutes les nations qui façonnaient notre armée, Avançaient sans se plaindre. Les mains, les pieds gelés, Les hommes se défendaient du froid blanc assassin Qui par vagues entières emportait les destins... Nous fuyions Wittgenstein et ses pâles cosaques. La neige s’abattait, formant de grandes plaques De glace autour de nous. Mais comment donc poursuivre La route sous la menace continuelle du givre ? Nous arrivâmes enfin à la Bérézina. Le temps s'adoucissait. Seule la rive, ce jour-là, Était gelée. Parfois, l’eau charriait des glaçons. Chacun voulait passer. Il n'y avait qu'un pont. D’où un affreux désordre. Nul n’était plus guerrier ! Nous étions devenus, insectes affolés Fuyant dans un trop grand tohu-bohu sonore. Derrière nous, féroce, c’est l'armée russe encore ! L'encombrement extrême sur le pont nous fît craindre Qu'il ne se rompe net. Le jour venait de poindre. Nous distinguions les feux des russes. Ils recouvraient Le rebord opposé, occupant les marais. « Il faut franchir cela ou nous sommes déjà morts ! » Aboyaient les premiers. Mais à quoi bon alors ? Nous y périrons tous, pensais-je dans ma peine. Au loin, cinq à six cents cosaques dans la plaine... Des colonnes se ruaient sur le pont pour passer. L’effroi devant les russes était accentué Par l'absence de chef ; tout n’était que fatras. « Il faut construire deux ponts, ou nous resterons là ! » Les pontonniers allèrent dans le fleuve malgré Les gros glaçons coupants, les chairs ensanglantés ! La rivière soudain, surpeuplée de noyés, Semblait une fabrique mangeant ses ouvriers ! Sur la berge partout, couvertures, oreillers, Robes et argenterie, tout est éparpillés ! Et l’odeur de la chair noircie sous les narines ! Et cette faim qui enfle ! Les idées qu’on devine ! Les pensées nécrophages ! On referme les yeux, Ces petits sarcophages de l’appétit honteux ! « Arrière ! » semblaient nous dire ceux des flots en otages ; La glace était trop prise pour passer à la nage, Trop peu pour y marcher, voilà notre malheur ! Tous ceux-là s’effondraient dans ce berceau d'horreur ! Ils demeuraient comme pris dans un liquide étau Se cognant tour à tour, aux caissons, aux chevaux. Une forte gelée survenue dans la nuit Raffermi le tombeau et la rivière permit Aux pénibles convois de franchir le cercueil ! De prendre le chemin bordé de mille linceuls ! Les pontonniers superbes du général Eblé Durant toute une nuit avaient donc travaillé ! Ces hommes-là, de l'eau jusqu'en haut des épaules, S’étaient tous sacrifiés, en saints sans auréoles ! Les figures endormies par l’invincible froid, Aux lueurs du matin gisaient loin des combats ; Ces figures passées n’avaient plus rien d’humain ! On s’espérait tous morts pour le surlendemain ! Tachées du sang de tous, là les quelques pelisses Surplombaient des visages qui montraient le supplice De vivre encore un peu ! Car, le plus vil et bas Est cette indifférence que désormais l’on voit Au spectacle des morts qui tous nous apostrophent. Ne vous y trompez pas, car nous n’étions plus saufs ! Les ponts s'étaient rompus, mis en feux par nos troupes ! L'ennemi approchait, il fallait que l'on coupe... C’est un éclat terrible de traînards, de civières ! « Enjambons les cadavres pour passer la rivière ! » C’est le troisième jour que j'entendis ce cri ! Cet appel extirpé croirait-on de la nuit ! Ce cri indéfini ! Cette oraison sonore ! C’était comme si les êtres épousaient tous la mort.



Poème posté le 25/07/16


 Poète
Chrishautrhin



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