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Poésie libre / 14 - 18
Poésie libre / 14 - 18
Poésie libre / 14 - 18

14 - 18
par Gonzague


Allez jeunes soldats, gagnez les régiments Vous, braves conscrits, vous formerez la bleusaille Soyez fiers, rejoignez les détachements Tous prêts, à combattre sur les champs de bataille. Marchez d’un pas cadencé, tout droit, vers le front Vous courageux, vous avez le cœur d’un pur-sang Le pays envahi, il faut laver cet affront L’ennemi doit payer le tribut, de son sang. Mettez en branle, batteries d’artillerie Entendez-vous, le doux chant des obus S’écraser en fracas, assurant tuerie Car, nous ne sommes pas de la même tribu. L’aube se lève sur le champ de bataille J’ai une forte douleur venant de l’estomac L’envie de vomir mes tripes, de vider ma peur Car ce soir, je ne verrais pas le soleil se coucher. L’enfer, du fer et du feu, du sang et la mort Terré comme un rat pour ne pas crever ce soir La boue recouvre ma peau, je pue, tout mon corps Exhale l’odeur des cadavres, j’ai peur du noir. Dans deux heures, sur le coup de sifflet de l’officier Je vais sortir de la tranchée, baïonnette au canon Galvanisé par la haine, il faut casser du boche Ces salauds qui ont envahi mon pauvre pays. Encore un peu de temps, regard sur des photos jaunies Et sur des lettres froissées, un moment de nostalgie De ces doux souvenirs du passé, de ces moments heureux Mon esprit s’embrume, je dois réagir, ce n’est pas le lieu. Mon capitaine regarde fébrilement sa montre Compte les minutes et soudain il arme son révolver Le son perce le silence de la nuit, c’est le départ Vers l’abîme, la montée vers l’enfer, de fer et de feu. L’instant est venu, je vais monter à l’abattoir Sortir de ce trou, courir droit vers l’ennemi Je ne pense pas, j’ai froid, perdu tout espoir Je sens la mitraille frôler mon âme, ma vie. Je sors de mon trou, comme les autres soldats Les mitrailleuses crachent leur fiel de projectiles Un camarade tombe, une balle en pleine tête Sa cervelle se répand sur mon uniforme. J’avance, je vois tomber, mourir autour de moi Un cri ! Un enfant de vingt ans à l’agonie Il pleure et réclame la mort, c’est l’effroi L’horreur totale, la guerre, utopie et folie ! Les canons se mettent à tonner, les obus à tomber Autour de nous, un éclat arrache le visage d’un copain Il hurle de douleur, le sang pisse à longs flots Je dois continuer, je ne peux m’arrêter. Nous arrivons au niveau d’un rideau de barbelés L’ennemi continue à tirer, à faucher les jeunes gens L’un d’eux est accroché aux fils de métal Il a les entrailles qui lui sortent du ventre. Vingt minutes de fin du monde, de durs, d’âpres combats La moitié de la troupe est décimée, morte ou blessée Et voilà enfin l’ennemi, je le vois comme il me voit Nous sautons dans la tranchée, pour le tuer. Face à face, homme à homme, corps à corps Nous nous battons à coups de poignard ou de pelle J’enfonce ma lame dans le cœur d’un allemand Je sens sa vie partir, il est crevé l’ordure ! La terre rougit du sang frais des combattants Ils meurent debout, ces soldats, le cœur battant Pas le temps de vieillir, de bâtir l’avenir Il faut vaincre, tuer l’ennemi ou périr. A chaque inspiration, une douleur colossale Je ne comprends pas bien, j’ai mal, oui, j’ai très mal Ma poitrine est en feu, je cherche à respirer Tiens ! Je baigne dans l’eau, que m’est-il arrivé ? J’entends autour de moi, un énorme fracas L’eau est froide, je grelotte et mes yeux ne voient pas Ils sont pourtant ouverts, je suis dans un nuage Cà craque de partout, c’est un énorme orage. Je crois m’être endormi, je suis ankylosé Il n’y a plus de bruit, l’orage s’est calmé Englué dans la boue, je ne peux pas bouger Je sens battre mon pouls, ma tête va éclater. Enfin ! Je vois, je vois ! Je suis dans la tranchée Voilà je me souviens de ce qui s’est passé Mon camarade et moi, on nous a mitraillés Un franc-tireur allemand, dans un arbre, caché. Mon camarade est mort, allongé contre moi Je ne veux pas mourir, mon dieu protégez-moi ! Je me prends de panique et je voudrais crier Ma voix reste muette, je me mets à pleurer. Je pense à ma Marie qui m’attend au pays La reverrais-je un jour ? La guerre est une folie ! Bien seule à la maison, depuis trois longues années Mes souvenirs défilent, nous nous sommes tant aimés. J’entends parler là-bas, ce sont des brancardiers Ils s’approchent, je crois et je m’entends crier Enfin ! Ils nous ont vus, ils ne vont pas partir Venez à mon secours, je ne veux pas mourir ! Mon amour, mon aimée, je t’écris cette lettre Le temps est gris, il pleut depuis tôt ce matin Et un froid glacial engourdi tout mon être Sans pouvoir te voir, mon moral est atteint. Je reste à mon poste à surveiller l’ennemi D’en face, mais il peut surgir à tout moment Prêt à tuer un gars qui n’est pas mon ami Car je le sais, la guerre n’est pas un roman. Mon amour, mon aimée, si je meurs aujourd’hui Tu mettras dans ma tombe, mes fleurs préférées Un joli bouquet rouge, ainsi que quelques fruits Des livres de qualité, ceux que je dévorais. Je ne la crains pas, je n’ai pas peur de la mort Elle peut venir un soir au détour d’un chemin M’annoncer la fin, ainsi prévenu du sort Réservé, mon sang n’a pas l’odeur de jasmin. Mon amour, mon aimée, pour la folie des hommes Tu seras surement veuve, je ne serais plus Tu regarderas les photos de notre album En pensant à nous, à ce bonheur révolu. Si mon corps ne doit pas pourrir au fond d’un trou Et que je revienne atrocement blessé La gueule cassée, aurais-tu un vrai dégoût A me voir ainsi, tu ne pourras l’encaisser. Chaque nuit, de nouveau l’éternel cauchemar J’ai mal ! Si je pouvais, ne plus me souvenir Je pourrais m’endormir et larguer les amarres Evacuer de l’esprit, ces maux à bannir ! Je revis, je revois, je ressens et je meurs D’incessants tourments qui rongent les fondements De mes pensées, des humeurs, rumeurs et clameurs Carnaval de douleur, à crier d’hurlements ! Au matin, sur la peau, des sueurs de métal Dans la bouche, le goût amer, du temps passé A combattre dans les tranchées, un jeu brutal La mort autour de moi, la peur de trépasser ! Le feu des enfers, le fer brûlant de l’obus Eclatant, déchirant les chairs, mettant à nu Nos ancestrales torpeurs, toujours à l’affût Epiant l’ennemi, attendant sa venue. Comment survivre, avoir vécu tant d’horreurs Rester indemne, je ne peux plus supporter Les réminiscences des combats, les frayeurs Des soldats à l’assaut, les corps déchiquetés ! Je porte les cendres de la guerre, relique D’un voyage vers l’abîme, vers le néant Où l’homme n’est plus humain, arme métallique Au service de la folie de mécréants ! Entendez-vous, résonner le son du clairon Annonçant la fin des combats, sur le perron De mairie, énoncer le nom des combattants Victoires, faits d'armes et leurs exploits éclatants ! Et dans les villages de France se dressent Près des vieux marchés, la stèle vengeresse Où sont inscrits les patronymes des héros Honneurs aux morts, à tous ceux tombés sans un mot ! La guerre est une horreur, désespoir de la vie Vous ! Chair à canon pour sauver la patrie Soyez fiers, je vous le dis, vos fils sont morts En héros, et heureux, si l’on vous rend les corps. Sur le cercueil fleuri, le jour des funérailles Vous poserez avec soin, la belle médaille Quel grand honneur de recevoir un tel présent Mais pour vous, cet enfant, sera toujours absent !



Poème posté le 06/04/20 par Gonzague


 Poète
Gonzague



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