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Poésie libre / Dans la baraque
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Dans la baraque
par Paul Konstantin


par Paul Konstantin


Dans la baraque Les planches de bois sont celées pour tous les secrets. Assis sur le matelas, je scanne des deux côtés de la surface. Les pores de la peau absorbent la moiteur du chauffage radiant. Le vasistas est blanc et les joints sont en plastique. La nuit file vers son zénith de minuit. Ce n’est que le début. Les étoiles luisent. Je ne peux pas sortir. Le temps avance à ma vitesse préférée. Celle où je sens les secondes s’allonger. La rondeur de l’instant s’étire vers le futur, en avant comme ici. Au même endroit. Sous mes yeux des poches pleines de larmes, coussins en cloques qui se dilatent vers les tempes, plaques, antennes des ondes jusqu’au cerveau. Je rebondis vers le front. Au milieu. Un point comme l’intersection de toutes les possibilités. Concentration éruptive. Prête à s’endormir. Prête à casser la baraque. Envoyer des flèches jusqu’à la cible ! Il y a des courants d’air, mélange de neurones, de chair et de pensée dans la boîte crânienne. Des ébats sans lendemain dans le cadre de la structure en torchis. C’est un toit de lames de fers, toutes en biais, en biseau. Charpente de nerfs excitant les yeux. Je peux m’imaginer assis sur le toit de la baraque. Il fait jour. Les nuages épais, cotonneux, filent des instants immobiles sous la voute du ciel. Le chant des oiseaux allume l’ouïe. Je tape un doigt après l’autre sur les tuiles. Bal des halos sur le scanner cérébral. Une ligne s’allonge vers l’horizontale, encore, course en avant de la chaleur qui persiste. Je me suspends un moment. Un chien aboie en dessous. Ma baraque comme des plis, tellement de plis, à déplier. Et toujours le même nœud. L’insatiable retour. A l’intérieur, à l’endroit qui creuse vers le trou noir et sans fond. Deux lames me transpercent, et m’enfoncent. Je ferme les yeux. La grande nasse ! Et je souris sans savoir pourquoi. Il y a un bruit à l’intérieur, comme un son qui me masse, un vrombissement, une soufflerie de campagne. Un building aux vitres luisantes. Le reflet de lumière pique ma rétine. J’étouffe dans cette nasse. Tout est tellement uniforme ! Comme si tout était relié. On retrouve toujours les mêmes têtes de choux postées dans les recoins des combinaisons. Rien ne nait. Tout se répète. Une flèche pourfend les parois tenues. Les racines se noient aux rivages planants. Quelques pilonnes à la moisissure poudreuse s’avachissent sur le sol. Les atomes frétillent. J’en attrape quelques uns par la main. Ils sont de toutes les couleurs, vivaces, ces tous petits bouts de chair et d’écumes. Ce n’est que ça ! Des algues sèchent sur la grève de ma paume. Une vague monte de la poitrine jusqu’à la gorge. Je la vois. Je porte les grains de sable à ma bouche. Bain de salive, nicotine, ressac de la langue et palais qui fume sous les crocs invisibles de la gousse en tenaille. L’horizon se dissout dans la nuit au zénith sans fin. Là-haut. Crier vers le haut, les poings au dessus du parapet. Et monter dessus. Ciels radieux, phrases de lumières et caresses sur la peau !



Poème posté le 28/04/20 par Paul Konstantin



 Poète ,
 Interprète
Paul Konstantin



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